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Des bolides et des chansons

Voitures et motos, les compagnes de notre vie quotidienne, les symboles de la liberté, du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Des objets de fantasmes aussi, des complices de nos rêves les plus fous.

Surtout pour ceux qui ont eu la chance de connaître la société automobile, ce temps où les politiques ne la considéraient pas seulement comme une source de pollution, un marqueur des inégalités sociales, un ennemi à abattre à coups de taxes, de stigmatisation et d’interdictions. Non, avant, elle s’associa à la croissance, à des grands travaux, au prestige de la France.

En ce temps-là, qui semble loin mais ne remonte pourtant qu’au siècle dernier, la moto et l’automobile, phénomènes de société, étaient encore bien perçues. Et les chansons de variété lui faisaient une belle place. Sulfureux, classe, plus ou moins glamour, sportif, le bolide mécanique tient sa place dans le domaine des variétés !

Ces moteurs qui carburent à l’essence sulfurée…

Comment ne pas songer à la Traction Citroën ? Très en avance sur son époque mais pas assez au point à sa sortie, elle fut utilisée par les politiques, les hommes d’affaires, la Gestapo, les résistants, toutes catégories de conducteurs dont des bandits, notamment le gang des Traction avant, celui de Pierre Loutrel, dit Pierrot Le Fou. Un dangereux truand que les braquages violents après la guerre érigèrent au statut de premier ennemi public numéro 1.

Citroën-Traction - 2015- Traversée -de-Rennes - Photo- Thierry-Le-Bras

Citroën-Traction – 2015- Traversée -de-Rennes – Photo- Thierry-Le-Bras

En 1973, Manouche chante le gang des Tractions avant. « C’est le gang des tractions avant, Pour essayer de tuer le temps, Les rois de la fraude, Les reines de l’émeraude, Qui en prennent pour vingt ans ».

MC Solar mentionnera également les Traction dans « Quand le soleil devient froid », titre inclus dans un album sorti en 1997. « Pas besoin d’être savant, on sait qu’ca vend, Et ce bien avant, le gang des tractions avant »

Autre machine vrombissante parfois liée à des personnages inquiétants, la Harley Davidson. C’est la moto traditionnelle des Hells Angels, un club de bikers créé aux États-Unis en 1948 dont les ramifications s’étendent dans une cinquantaine de pays. Les Hells Angels sont considérés comme des rebelles portés sur les bagarres.

Harley-Davidson - Saint-Malo - 2013 - Photo-Thierry-Le-Bras

Harley-Davidson – Saint-Malo – 2013 – Photo-Thierry-Le-Bras

En France, grâce à Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot, une chanson l’associe au concept beaucoup plus doux de l’érotisme mignon incarné par une femme libre qui n’a peur de rien. Quand Brigitte Bardot chante Harley Davidson, sa propre vie lui indiffère. Elle fonce dans un train d’enfer. « Je vais à plus de cent, Et je me sens à feu et à sang, Que m’importe de mourir, Les cheveux dans le vent! ». Brigitte croque la vie au guidon de sa machine trépidante et ne tient qu’à son terrible engin. Beaucoup adoreront l’alliance de la belle et la bête. D’autres critiqueront vertement cette chanson entraînante et sensuelle.

La classe absolue

En 1966, Régine sort La grande Zoa, dont certains marmonnent qu’elle serait un homme, on dit ça. En fait, il subsisterait un questionnement parce qu’elle fut mangée crue par son boa, celui-là même qu’elle se mettait autour du cou. Aujourd’hui, l’histoire ne serait plus possible. Pas seulement parce que la liberté d’expression a régressé et qu’il n’est pas sûr que le public ferait un triomphe à une chanson évoquant un travesti, mais surtout à cause d’une habitude de la grande Zoa.  « Elle va chez Henry, Pour boire un coca, Et demande un whisky, Pour son boa ». Politiquement incorrect. Et les usages vegan, et les cinq fruits et légumes par jour ? Tsss….

Rolls-Royce - 2015- Traversée -de-Rennes - Photo- Thierry-Le-Bras

Rolls-Royce – 2015- Traversée -de-Rennes – Photo- Thierry-Le-Bras

La grande Zoa a les moyens (décorateur et antiquaire, elle vend du Louis XVI avec des yeux d’braise). Et c’est dans sa Rolls blanche que quand vient le mardi, elle s’en va Place blanche dans des night-clubs ou dans des pubs.

Autre Rolls apparue dans une belle chanson de variété, celle de la sublime Sylvie Vartan. Nous sommes en 1976 et elle chante Dieu merci.

Rolls-Royce- 2016 - Rallye-des-Corsaires -Saint-Malo - Photo-Thierry-Le-Bras

Rolls-Royce- 2016 – Rallye-des-Corsaires -Saint-Malo – Photo-Thierry-Le-Bras

La chanson commence par de mauvais rêves dont l’homme qu’elle aime la réveille.

« Hey hey pince-moi, Hey hey réveille-moi, Hey hey je rêvais, Dieu Merci ». Et tout va bien se passer. « Hey hey embrasse-moi, Hey hey aime-moi, Hey hey tu es là, Dieu Merci ». D’autant que la star mène sa vie dans des conditions matérielles confortables. « Oublions la Rolls ne crains-rien, elle est bien garée, Et j’ai les clés Dieu Merci ».

Restons dans les voitures de grande classe. En 1954, Boris Vian écrit les paroles de J’suis snob. A la fin de l’année, il l’interprète aux trois Bodets où Serge Gainsbourg, pas encore connu, exerce son talent en qualité de pianiste. Il l’interprétera plus tard, en 1977, pour une télévision.

Jaguar-E- 2015 - Rennes- Photo-Thierry-Le-Bras

Jaguar-E- 2015 – Rennes- Photo-Thierry-Le-Bras

« J’ai une foudroyante garde-robe, J’ai des accidents en Jaguar, Je passe le mois d’août au plumard, C’est dans les p’tits détails comme ça, Que l’on est snob ou pas… ».

En 1975, Michel Delpech enregistre Quand j’étais chanteur. Une vie de dingue, mais la belle vie. Les gens de la police le reconnaissaient. Les excès de vitesse, il ne les payait jamais.

Mercedes-250-SE - 2018 - Rennes- Photo-Thierry-Le-Bras

Mercedes-250-SE – 2018 – Rennes- Photo-Thierry-Le-Bras

Mais parfois, la gloire exige sa rançon. « Un soir à Saint-Georges, Je faisais la kermesse, Ma femme attendait, Planquée, dans la Mercedes, Elle s’est fait j’ter dans l’Indre, Par tout mon fan-club. »

Plus ou moins glamour

1967, Antoine ne veut pas se tuer à travailler, il a une petite amie qui est là pour l’aider et qui lui envoie des chèques à la fin du mois. Alors il chante Titine, achète moi un camion. Tout en suggérant d’autres cadeaux possibles.

De-Bernardi-Flenghi - Lamborghini-Miura-SV-2- 2003 - Tour-Auto- Photo-Thierry-Le-Bras

De-Bernardi-Flenghi – Lamborghini-Miura-SV-2- 2003 – Tour-Auto- Photo-Thierry-Le-Bras

« J’ai besoin d’une Lamborghini pour t’amener au paradis,

Titine, Titine, si tu m’achètes une Lamborghini, j’t’amènerai peut-être au paradis »

Peugeot-403- 2016 - Cancale- Photo- Thierry-Le-Bras

Peugeot-403- 2016 – Cancale- Photo- Thierry-Le-Bras

« Titine, Titine, si tu m’achètes une 403, j’t’amènerai en vacances à Courbevoie… »

Moins glamour que la Lamborghini, mais c’est déjà ça.

Johnny Hallyday, grand rival d’Antoine, chante aussi une belle voiture. En 1962, il interprète à l’Olympia Elle est terrible. Il y a bien sûr la plus belle fille de tout le quartier. Et en outre une voiture qu’il aimerait bien se payer, dans laquelle il ferait monter la belle fille pour descendre les Champs Élysées.

Ford-Mustang - 2004 - Lohéac - ES1-Londres-Sydney - Photo- Thierry-Le-Bras

Ford-Mustang – 2004 – Lohéac – ES1-Londres-Sydney – Photo- Thierry-Le-Bras

Mais cette voiture si terrible, ce serait quoi ? Pourquoi pas une Mustang comme celle avec laquelle Johnny a roulé en compétition, notamment au Monte-Carlo, au Mont-Dore, à Montlhéry ? Et la belle fille qu’il inviterait à monter dedans, elle s’appellerait Sylvie Vartan, son grand amour et la maman de David, un vrai pilote en même temps qu’un remarquable artiste.

2-cv-Citroën- 2015- Morlaix-Photo-Thierry-Le-Bras

2-cv-Citroën- 2015- Morlaix-Photo-Thierry-Le-Bras

Mais voilà, dans son scénario, Johnny a une vieille Citron (2cv sans doute) et les poches plates.

D’autres chansons mettent des voitures et motos en scène. Nous y reviendrons.

QUELQUES LIENS

DESIGNMOTEUR présente la Lamborghini Essenza scv 12 https://timedm.com/2020/07/auto-lamborghini-essenza-scv12-brutale-ipercar-v12/

Une p’tite MG, d’autres voitures d’avant, des chansons, des fictions, des souvenirs… http://circuitmortel.com/2016/10/vague-automobile-retro-a-saint-malo-22/

Il a participé à deux Dakar, appris à piloter un Offshore avec Didier Pironi, ressenti et traduit en chansons les fièvres de notre traversée d’’une époque. Il s’appelle Michel Sardou. Des souvenirs, des émotions http://bit.ly/2zX2ztJ

Des Porsche au tempérament de feu, un Rallye à La Baule, des mets de rois, une passante envoûtante, Gainsbourg et Birkin, 1969… http://circuitmortel.com/2016/05/navigateur-au-rallye-de-la-baule-1969/

Faire revivre le passé… http://bit.ly/2daE57i

Thierry Le Bras

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