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Alfa Romeo, BMW, de l’élégance au Tour Auto

Au fil des éditions, des réglementations, le Tour de France Automobile a accueilli quantité de véhicules très différents. Des voitures prestigieuses, construites en série limitée voire à l’unité, d’autres issues de modèles de grande série. Toutes furent belles entre les mains de pilotes à l’attaque.

Les stratégies marketing des constructeurs automobiles ont varié en fonction de la perception de la course par le public. Aujourd’hui, les machines qui dominent le monde du rallye ressemblent aux modèles les plus vendus. Les Citroën C3, Hunday I20, Toyota Yaris et Ford Fiesta roulent au quotidien dans nos villes et campagnes. Ne nous y trompons pas, la C3 R5 de Yoann Bonato, les WRC de Sébastien Loeb, Craig Breen et Kris Meeke, si elles conservent les silhouettes des modèles exposés en concession, se sont transformées en athlètes développées en fonction des contraintes spécifiques de la course. Elles n’ont plus rien à voir avec une automobile de série. Pas plus que les Hunday I20 de Hayden Paddon, Andreas Mikkelsen, Thierry Neuville et Dani Sordo ou les Toyota et Ford. Les éléments aérodynamiques et ailes larges contribuant à leur efficacité leur confèrent cependant une beauté incontestable.

Ammendola- Pasta - Alfa-Romeo-Giulia-GTA - 2003 - Tour-Auto - Photo-Thierry-Le-Bras

Ammendola- Pasta – Alfa-Romeo-Giulia-GTA – 2003 – Tour-Auto – Photo-Thierry-Le-Bras

Dans un passé qui s’éloigne d’année en année, les constructeurs engageaient en course leurs modèles les sportifs, véritables GT ou coupés élégants développés dans des versions musclées. Le tournant vers le choix de berlines proches des produits de très grande série s’est amplifié à la fin des années 70.

Rappelons-nous deux modèles conçus pour le plaisir du conducteur, préparés dans des versions compétition, qui allièrent merveilleusement élégance et performances remarquables.

Les Alfa Romeo GTA, GTAM et 2000 GTV

A la sortie de sa première version en 1963, Alfa Romeo lança sa promotion avec un slogan l’annonçant « sculptée par le vent ». Un dessin signé Giorgetto Giugiaro pour Bertone, des mécaniques de 1300 cm3 à 2 litres développées en groupe 2 et groupe 1 par de bons sorciers, des pilotes déterminés, de quoi écrire de belles pages du Tour Auto ! Ces magnifiques coupés ne s’en privèrent pas.

Wildenburg - Hahne- Alfa-Romeo-Giulia-GTA - 2003 - Tour-Auto - Photo-Thierry-Le-Bras

Wildenburg – Hahne- Alfa-Romeo-Giulia-GTA – 2003 – Tour-Auto – Photo-Thierry-Le-Bras

Les Alfa Romeo GTA (Grand Tourisme Allégées) conservaient le dessin d’origine mais étaient construites avec des matériaux plus légers. Elles recevaient un moteur 1.500 cm3 plus performant (170 cv). Une version 1.300 cm3 serait proposée à partir de 1968. Leur mission, exploiter au mieux les règles de préparation assez permissives des voitures de tourisme spécial afin de défendre leurs chances contre les Ford Cortina Lotus et BMW. Parmi les faits d’armes les plus remarquables, une victoire de Jochen Rindt en 1966 dans le Championnat inaugural Trans-am devant des modèles beaucoup plus puissants.

En 1969, une Alfa GTA attire particulièrement l’attention au Tour Auto. Elle est pilotée par Guy Verrier, ancien judoka, ancien catcheur, pilote automobile qui deviendra plus tard responsable du service compétition de Citroën. Verrier et son équipier Pompanon finiront 8èmes derrière des machines de plus grosse cylindrée (Porsche, Corvette, Capri). Cette année-là, un futur fidèle pilote et préparateur Alfa Romeo apparaît également dans le classement avec une GTA. Il s’appelle Roland Imbert.

Lemberg- Lemberg - Alfa-Romeo-1750-GTAM- modèle - 1968 - 2017 - TA - Saint-Malo - photo-Thierry-Le-Bras

Lemberg- Lemberg – Alfa-Romeo-1750-GTAM- modèle – 1968 – 2017 – TA – Saint-Malo – photo-Thierry-Le-Bras

Plus méchante encore, la GTAM affiche une apparaissance agressive qui revendique son intention de bouffer la concurrence. Ses ailes larges et ses grosses jantes montrent que, campée sur ses appuis, elle s’accroche au bitume et frappera fort ! Les deux dernières lettres de son sigle proviennent de ses origines. Elle fut en effet développée à partir de versions 1750 puis 2000 cm3 destinées d’abord au marché américain. Une injection indirecte Spica remplace les carburateurs double corps. Les versions les plus affutées produites par Autodelta en 1971 atteindront les 240 cv. Parmi ses pilotes les plus connus en circuit, Toine Hezemans et Andrea De Adamich.

En 1970, Bernard Darniche, futur pilote Lancia entre autres, met son talent de rallyman au service d’une GTAM à l’occasion du Tour Auto. Il ne rejoindra pas l’arrivée, mais une autre GTAM pilotée par Pianta s’impose en groupe 2. L’année suivante, Guy Chasseuil, évoqué dans la chronique précédente au sujet de ses performances avec des Porsche, dispute le Tour sur une GTAM. Associé à Christian Baron, il se classera 16ème.

Baigneres-Wasilewski - Alfa-Romeo-2000-GTV - 2003 - Saint-Malo - Tour-Auto - Photo-Thierry-Le-Bras

Baigneres-Wasilewski – Alfa-Romeo-2000-GTV – 2003 – Tour-Auto – Photo-Thierry-Le-Bras

A partir de 1972, un autre coupé Alfa Romeo Bertone vient cueillir sa part de lauriers. La 2000 GTV, désormais homologuée en groupe 1, se révèle à l’aise partout, en rallye, en course de côte, en circuit. Autrement dit une bête de course idéale pour le Tour ! Deux équipages officiels s’annoncent redoutables. Bernard Fiorentino et Maurice Gélin vont livrer un duel acharné à Jean-Claude Lagniez, navigué par une star de la natation, Kiki Caron. Jean-Claude Lefebvre, futur responsable du service presse de Peugeot Sport, leur donnera la réplique au volant d’une autre 2000 GTV privée. Aucune des trois voitures ne recueillera les fruits de ses efforts. Lefebvre renonce à cause d’un problème de transmission. Fiorentino et Lagniez sont déclassés à la suite d’une non-conformité de ressorts de suspension arrière. A l’occasion de cette édition, le clan Alfa Romeo comptait un autre acteur du sport automobile français. Michel Hommel, créateur quatre ans plus tôt du magazine Échappement, prenait le départ au volant d’une 2000 GTV. Il était navigué par son directeur adjoint, Gérard Lips.

En 1974, Francis Vincent et Jacques Delaval apportent la victoire du groupe 1 à Alfa Romeo. L’année suivante, deux futurs grands rallymen réjouissent les fans du coupé 2000 GTV. Bernard Béguin et Guy Fréquelin signeront le doublé en groupe 1, prenant les 5ème et 7ème places au scratch.

Christian-Galopin- Afa-Romeo-2000-GTV - 1976 - CC-Pouillé-les-Coteaux- Photo-Thierry-Le-Bras

Christian-Galopin- Afa-Romeo-2000-GTV – 1976 – CC-Pouillé-les-Coteaux- Photo-Thierry-Le-Bras

D’autres pilotes contribueront à la présence des Alfa Romeo 2000 GTV sur le Tour de France Auto. Roland Imbert engagera régulièrement un superbe coupé arborant les couleurs de Lov’auto, son atelier de préparation. En 1974, Martine Rénier fait équipe avec lui. La jeune femme a piloté une autre 2000 GTV au Grand National Tour Auto 1973. Elle disputera par la suite de nombreuses grandes épreuves dont les 24 Heures du Mans et le Dakar.

L’Alfa Romeo 2000 GTV reste à mon sens d’autant plus remarquable qu’elle fut une des dernières voitures compétitives partout. La VW Golf GTI possèdera aussi cette qualité. Des autos relativement accessibles en groupe 1, fonctionnant avec des amateurs sans besoin d’ingénieurs en assistance. Après, la meilleure auto en rallye ne serait pas compétitive en côte et encore moins en circuit. Il faudrait choisir une discipline et s’y tenir, à moins de disposer de budgets vraiment très importants. En 1976, Christian Galopin, un gentleman driver très rapide s’engage au Tour de France Auto avec Fabrice Malherbe. Christian court avec son coupé 2000 GTV en rallye et en course de côte. Il ira au bout du Tour et signera quelques chronos impressionnants dont un 10ème temps scratch lors d’une ES disputée dans un épais brouillard. La 2000 GTV servait loyalement le talent des amateurs doués.

Baigneres-Baigneres - Alfa-Romeo-2000-GTV - 2017 - Tour-Auto - Photo-Thierry-Le-Bras

Baigneres-Baigneres – Alfa-Romeo-2000-GTV – 2017 – Tour-Auto – Photo-Thierry-Le-Bras

Elle poursuit d’ailleurs cette mission. Le modèle ci-dessus a disputé au moins dix-neuf fois le Tours Auto avec Patrick Baignères à son volant !

BMW 30 CSi, le groupe 1 aussi

La série E9 s’affiche dans une robe qui semble sortie de chez un couturier automobile italien. Et pour cause. Bien que dessinée par le styliste maison Wilhelm Hofmeister en collaboration avec les ingénieurs de chez Karmann, cette voiture s’inspire d’un modèle Bertone, le coupé 3200 S.

Le gros coupé BMW a connu des heures de gloire grâce à des développements en groupe 2 et en groupe 5. Les 30 CSL ont joué les terreurs sur les pistes du monde entier (cf liens en fin de note). Au Mans, elles tournaient aussi vite que les Ferrari 365 GTB/4 Daytona. Au Tour Auto, Jean-Hugues Hazard a remporté le groupe 2 avec son coupé BMW à deux reprises, en 1976 puis 1977.

Gourrin-Cantet - BMW-30-CSi - 1973 - Dinard - Grand-National-Tour-Auto - Photo-Thierry-Le-Bras

Gourrin-Cantet – BMW-30-CSi – 1973 – Dinard – Grand-National-Tour-Auto – Photo-Thierry-Le-Bras

Ella a intéressé les pilotes et préparateurs de voitures dites de tourisme de série (groupe 1) et de production. En 1976, les BMW 30 CSi composaient une partie non négligeable du plateau du Championnat de France de production. A leur volant, des pilotes renommés dont Jean-Pierre Beltoise, Guy Fréquelin, Marie-Claude Beaumont, Max Antichan… Le coupé 6 cylindres injection affichant 215 cv en version production se montra redoutable dans ce nouveau championnat. Jean-Pierre Beltoise devint le premier champion de France de la discipline qu’il apprécia énormément.

« Les voitures de production constituent une formule beaucoup plus raisonnable et tout aussi spectaculaire (NDLR : que la F1). Bien sûr, elles font moins de bruit, et elles accélèrent moins fort. Mais en course automobile, le spectacle, c’est la lutte. Je retrouve en groupe 1 un grand plaisir de pilotage, parce que je me bagarre. Un autre avantage, c’est que l’incident mécanique est rare (NDLR :1976) : l’an dernier, j‘ai terminé douze courses sur treize. »

Jean-Pierre Beltoise

Le vainqueur du Grand-Prix de Monaco 1972 n’exagère pas quand il souligne l’aspect spectaculaire des voitures du groupe 1. Les performances proches des meilleures machines permettaient des dépassements, des freinages à la limite, des appuis très visibles car quoique préparées, les voitures ne viraient pas à plat.

Vaucenay- BMW-30-CSi- 1975 - CC-Saint-Germain-sur-Ille - Photo-Thierry-Le-Bras

Vaucenay- BMW-30-CSi- 1975 – CC-Saint-Germain-sur-Ille – Photo-Thierry-Le-Bras

Des BMW 30 CSi apparurent aussi régulièrement en course de côte. La lecture des classements de la rubrique Course de côte dans les numéros d’Échappement des années 1975, 1976, 1977 fait apparaître de nombreuses victoires de BMW 30 CSi. Sa principale rivale dans sa catégorie fut l’Opel Commodore GSE, surtout quand elle était pilotée par Jacky Ravenel, le roi de cette catégorie.

Roemmers-Manso - BMW-30-CSi - 2003 - -Tour-Auto - Photo-Thierry-Le-Bras

Roemmers-Manso – BMW-30-CSi – 2003 – -Tour-Auto – Photo-Thierry-Le-Bras

Les versions compétition du grand coupé BMW s’illustraient encore sur le bitume tandis que sa remplaçante arrivait dans les concessions. Le coupé série 6 sortit en 1976. Il serait développé un peu plus tard dans des versions groupe 2 et surtout groupe A. En attendant, une berline assura la succession en groupe 1 et production, la 530 IUS. Une astuce car si la 528 était bien disponible dans la gamme BMW, la 530 était réservée aux États-Unis où elle arrivait livrée en boite automatique et sans les jantes BBS inscrites sur sa fiche d’homologation. Mais ne jetons pas la pierre à BMW. D’autres constructeurs ont réussi à faire homologuer des pièces qui n’avaient pas grand-chose à voir avec l’esprit du groupe 1 et des voitures de tourisme. En tout état de cause, les 240 cv de la nouvelle 530 IUS la rendaient plus efficace en circuit que sa sœur aînée 30 CSi.

Roemmers-Manso - BMW-30-CSi - 1 - 2003 - -Tour-Auto - Photo-Thierry-Le-Bras

Roemmers-Manso – BMW-30-CSi – 1 – 2003 – -Tour-Auto – Photo-Thierry-Le-Bras

Au Tour Auto, la 30 CSi groupe 1 recueillit moins de victoires que sa petite sœur 2002 Ti. Elle s’imposa tout de même dans sa catégorie au Grand National Tour Auto 1974 grâce à un certain Jean-Hugues Hazard qui ferait ensuite triompher le coupé 3 litres groupe 2 dans le Grand Tour. Bon sang ne saurait mentir. Hugues Hazard, son père, avait montré ses talents de pilote et parfois de copilote comme au Tour Auto 1962 où il naviguait Henri Greder. L’équipage avait terminé 8ème au général avec une Alpine A 108. Micheline, sa mère, pilote également. Elle se mettra particulièrement en évidence au volant de BMW en course de côte !

Roemmers-Manso - BMW-30-CSi - 2 - 2003 - -Tour-Auto - Photo-Thierry-Le-Bras

Roemmers-Manso – BMW-30-CSi – 2 – 2003 – -Tour-Auto – Photo-Thierry-Le-Bras

Superbes, majestueux et performants, les coupés BMW 3 litres suscitent toujours l’intérêt du public sur les routes du Tour Auto, tant dans les versions groupe 1 que groupe 2.

QUELQUES LIENS

DESIGNMOTEUR présente la BMW M2 compétition https://gotmdm.com/auto/2018/04/bmw-m2-competition-twinpower-turbo/

 L’Alfa Romeo 2000 GTV de Roland Imbert à la Ronde d’Armor http://circuitmortel.com/2015/12/rallye-darmor-1976-victoire-de-groupe-pour-lalfa-romeo-2000-gtv-de-roland-imbert/

 BMW 30 CSL, diabolique une fois préparée en groupe 2 ou 5 http://circuitmortel.com/2016/07/voyage-dans-le-temps-automobile-55/

 Des BMW au Tour Auto 2017 http://circuitmortel.com/2017/04/le-tour-de-france-auto-a-saint-malo-2-galerie-de-photos-consacrees-a-bmw/

 Le retour d’un groupe musical mythique qui a soutenu un pilote automobile https://bit.ly/2FJliLf

Thierry Le Bras

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