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Rallycross de Lohéac 1987 : des bolides échappés des rallyes et de la glace 2/2

Suite des souvenirs et photos de cette année-là sur les terres d’origine du Rallycross en Bretagne. Un pèlerinage mécanique au temps de quelques autos hautement symboliques de notre sport préféré !

Dans la chronique précédente (cf http://bit.ly/2hZH9oe ), j’ai évoqué quelques modèles alors engagés en D1, une catégorie qui accueillait les voitures du groupe A. C’était le temps des VW Golf GTI, Renault R11 Turbo, BMW 635 et M3, Ford Sierra RS Cosworth…

Caty -Caly- Audi-Quattro-2- 1987 - Rallycross-Lohéac - photo-Thierry-Le-Bras

Caty -Caly- Audi-Quattro-2- 1987 – Rallycross-Lohéac – photo-Thierry-Le-Bras

Mais le Rallycross recevait également les monstres du groupe B bannis des rallyes depuis l’ouverture de la saison (D2) ainsi que des modèles à bout d’homologation en groupe A ou 2 qui se retrouvaient en D3. Chaque catégorie offrait des duels fort spectaculaires.

Alfa Romeo GTV 6 et Sunbeam Lotus, encore quelques tours de roue avant la retraite

Les voitures de course nous ressemblent beaucoup. Elles connaissent une jeunesse flamboyante, détrônent des championnes, deviennent stars des médias. Elles s’associent aux meilleurs pilotes avec qui elles conquièrent des lauriers. Et puis un jour, elles vieillissent. La rigueur des réglementations les rejettent dans des catégories moins en vue. Les champions se tournent vers des plus jeunes, plus pimpantes et surtout mieux préparées aux exigences des premiers rôles. Et pourtant, ii n’y a pas si longtemps, ces bolides connaissaient la gloire.

Philippe-Gervoson- Talbot-Sunbeam-Lotus - 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

Philippe-Gervoson- Talbot-Sunbeam-Lotus – 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

Prenons la Talbot Sunbeam Lotus, une sacrée compétitrice ! Un look a priori banal proche de celui d’une Talbot Horizon sans portières arrière. Présentée à Genève en mars 1979, elle affiche un duo de couleurs noir et argent qui souligne son caractère, celui d’une enfant terrible affamée de chronos. Et la bête possède une arme secrète, un moteur 4 cylindres 2172 cm3 d’origine Lotus qui développe 155 cv de série. Le modèle a été lancé dans le but de servir de base d’homologation à une groupe 4 en vue de participations au championnat du monde des rallyes. Chrysler espérait en vendre 4.000, soit dix fois plus que le nombre minimum nécessaire à l’homologation. Très vite, des pilotes remarqueront le potentiel sportif du modèle. Deviendra-t-elle l’arme anti Ford Escort 2000 RS en groupe 1 ? Il suffirait d’en produire 20% de plus que prévu afin d’obtenir l’homologation dans ce groupe. Ou une redoutable chasseuse de scratch jouant dans la cour des Ford Escort 1800 RS, Fiat 131 Abarth, voire Porche ?

publicité-Talbot-Sunbeam-Lotus - 1981

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La Talbot Sunbeam Lotus sera finalement vendue à 2.308 exemplaires. Son constructeur l’homologuera en groupe 2, ce qui lui permettra de viser la victoire dans cette catégorie même quand elle était battue au scratch par des rivales encore plus affutées (par exemple l’Audi Quattro). Elle fit équipe avec certains des meilleurs pilotes du monde. En 1980, Henri Toivonen remporta le RAC à son volant. En 1981, Guy Fréquelin associé à un certain Jean Todt termina second du championnat du monde, sept points derrière Ari Vatanen. Au classement des constructeurs, Guy Fréquelin et Henri Toivonen avaient marqué suffisamment de points pour assurer le titre à Talbot  devant Datsun, Ford, Opel et Audi. En France, de nombreux pilotes de talent roulèrent avec des Talbot Sunbeam Lotus. Notamment Jean-Louis Ravenel en rallye, Jean-Claude Brazey en course de côte. Sans oublier Jean-Claude Vaucard, ingénieur et pilote, qui joua un rôle important chez Peugeot Sport au temps des fameuses 205 Turbo 16, puis chez Citroën lorsque Loeb et Elena dominaient l’univers des rallyes avec les Xsara et C4 WRC. Plus récemment, Jean-Claude Vaucard a participé au développement des voitures de CHL Auto Sport en qualité d’ingénieur conseiller technique de Yoann Bonato, le champion de France des rallyes 2017 (notre chronique sure le titre de Yoann : http://bit.ly/2xmP8pF ).

Les 230 chevaux du moteur Lotus de la Talbot Sunbeam en version groupe 2 produisait une délicieuse mélodie qui enchantant les oreilles de l’amateur de voitures vivantes. J’aimais bien cette auto photographiée souvent à cette époque… Le Rallycross n’était pas son terrain de prédilection. Ici, celle de Philippe Gervoson glisse beaucoup. Pas la posture la plus efficace, mais que de plaisir pour les spectateurs et le pilote qui finira 12ème en D3.

Didier-Caradec - Alfa-Romeo-GTV6 -1- 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

Didier-Caradec – Alfa-Romeo-GTV6 -1- 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

Autre son magique, celui du 6 cylindres Alfa Romeo de la GTV6 ! Apparu en 1980, ce coupé reprend le châssis et le look du coupé Alfetta entré dans la gamme depuis 1974. Une voiture que les amateurs du trèfle espéraient voire prendre la succession de la 2000 GTV Bertone en compétition. Il faudrait attendre un peu. Les premiers coupés Alfetta reçurent le moteur 1779 cm3 et pas le 2000. Elles manquaient de puissance face à leur aînée. Plus grandes et plus lourdes, elles n’avaient aucune chance en course. Certes, Alfa Romeo finit par équiper la gamme Alfetta du moteur 2 litres. Mais sans offrir à l’auto une fiche d’homologation offrant des perspectives de lutter en groupe 1 contre leurs grandes sœurs et les nouvelles venues dans la catégorie, notamment la Ford Escort 2000 RS et la Triumph Dolomite Sprint. Une version groupe 2 disputa le Tour Auto en 1974. En fait, il s’agissait d’une groupe 1 et ½ développée à l’origine par Roland Imbert en vue des 24 Heures de Spa. Elle n’atteignait que 160 cv. L’année suivante, Jean-Claude Andruet disposera d’une vraie groupe 2. Essayée par Échappement après le Neige et glace, elle ne convainc pas. Tenue de route imparfaite, comportement de voiture lourde et trop souple, moteur manquant de puissance, pas une bête de course. Il semble toutefois que cette voiture d’essai ait été un mulet et que la vraie voiture de course utilisée le plus souvent par le champion français se soit montrée beaucoup plus performante. Elle permettra en tout cas au pilote de remporter plusieurs fois le groupe 2 et de réaliser des chronos époustouflants.

Jean-Claude-Andruet - Alfa-Romeo-GTV-3-litres- 1976- Armor- photo-Thierry-Le-Bras

Jean-Claude-Andruet – Alfa-Romeo-GTV-3-litres- 1976- Armor- photo-Thierry-Le-Bras

En 1976, un coupé groupe 5 équipé d’un moteur 3 litres V8 d’Alfa Montréal partit à la conquête des rallyes de l’Hexagone, toujours avec Jean-Claude Andruet aux commandes. Cette fois, la puissance était au rendez-vous. Les 320 cv de la bête étaient supposés lui permettre de se battre avec la Lancia Stratos. Le défi aurait-il fonctionné ? Au Rallye d’Armor, Jean-Claude était contraint à l’abandon à cause d’un bris de cardan alors qu’il menait la course. Au Touraine, nouveaux temps canons et nouveau problème de transmission. Alfa Roméo, aussi engagé en Formule 1, arrêtait son activité en rallye. Faute d’homologations suffisantes en groupe 1et de pièces abordables en groupe 2, les beaux coupés Alfa ne firent hélas pas la conquête de pilotes amateurs.

Didier-Caradec - Alfa-Romeo-GTV6 -2- 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

Didier-Caradec – Alfa-Romeo-GTV6 -2- 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

La motorisation 2.492 cm3 V6 de 160 cv allait donner un nouvel élan à la carrière sportive du modèle. Les GTV6 préparées en groupe N, A ou production s’illustreraient très vite dans toutes les disciplines. A leur volant des pointures, Panciatici, Loubet, Balas, Snobeck, Cudini, Rigollet et d’autres encore. Moteur puissant et répartition des masses intéressante grâce à l’installation de la boite à l’arrière. Une compétitrice homogène, efficace, particulièrement en rallye et dans les disciplines prévoyant une classe de 2.500 cm3. Mais voilà, avec l’arrivée des BMW M3 et Ford Sierra RS Cosworth en 1987, l’Afetta GTV6 a pris un coup de vieux. Son constructeur développe désormais ses versions compétition d’après les berlines 75 V6 ou Turbo, des autos plus proches des produits offerts au grand public.

La GTV6 a gagné des Rallycross en D1. Mais c’était avant, en 1982 avec Jacques Aïta. Elle reste cependant une voiture pleine de qualités, agréable à piloter. Didier Caradec loue une ex groupe A pour l’édition 1987 de Lohéac. Des problèmes de boite de vitesses perturberont son week-end. Avec seulement deux rapports qui acceptent de passer le dimanche, dur de jouer les premiers rôles. Alors, Didier va se faire plaisir et offrir au public le spectacle qu’il attend. De la glisse, encore de la glisse, toujours de la glisse !

CX 2400 GTI Turbo, un cas à part

Dans la vie civile, la Citroën CX assuma la lourde tâche de succéder à la DS. Nous avons consacré une note teintée d’humour à la riche histoire de la DS, de la route aux victoires en rallye (cf http://bit.ly/1nR7R3i ).

Alain-Tissier - Citroën-CX-Turbo- 1987 - Rallycross-Lohéac - photo-Thierry-Le-Bras

Alain-Tissier – Citroën-CX-Turbo- 1987 – Rallycross-Lohéac – photo-Thierry-Le-Bras

La CX ne paraissait pas a priori taillée pour la course. Une grosse berline, spacieuse, confortable, lourde. Citroën misa sur d’autres modèles dans sa quête de lauriers en compétition. Le programme rallye de la firme aux chevrons s’était orienté autour du développement de la Visa en groupe B, dans des versions 2 roues puis 4 roues motrices (dites 1000 pistes). Des Visa confiées à Christian Rio et Maurice Chomat préparèrent à partir de 1982 l’engagement ultérieur d’une voiture supposée jouer la gagne au scratch. La BX 4TC démarra donc la saison 1986. Les jeunes pilotes Citroën qui espéraient recueillir les fruits de leurs efforts – voire parfois de leur abnégation – se virent écartés en même temps que la Visa. Les sports mécaniques comportent de belles histoires, mais aussi des chapitres moins satisfaisants au plan humain. L’aventure de la BX 4TC se révéla de toute façon très brève. La voiture enregistra d’entrée un déficit de performance et son programme compétition s’arrêta en juin 1986. Seuls 86 des 200 exemplaires construits aux fins d’homologation avaient trouvé preneur. Les BX 4TC restant en stock furent détruites. La firme tenta même d’effacer la voiture de son histoire en proposant aux propriétaires des modèles de les racheter dans des conditions intéressantes car de toute façon, la maintenance ne serait plus assurée. Il doit rester une quarantaine d’exemplaires dans le monde aujourd’hui dont un au musée de Lohéac.

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publicité-Citroën-CX-2400-GTI-Turbo – c-est-démon

Le slogan « c’est démon, » mettant en avant les 220 km/h de la CX GTI Turbo ne se déclina pas souvent en compétition. Pourtant, la voiture plut à Michel Vaillant si nous croyons un calendrier 1988 offert par un concessionnaire Citroën belge affichant un dessin du champion français au volant d’une CX GTI Turbo. D’habitude, la CX servait plutôt de voiture d’assistance, tractrice ou plateau au service d’autres modèles (par exemple ici où elle assure le transport de la Porsche de Raymond Touroul (cf http://bit.ly/2c5bQ76)

Mais des CX ont tout de même figuré dans les classements. Jean-Paul Luc fit partie des défenseurs du modèle en compétition de 1976 à 1981. Il réussit de belles performances, dont des victoires au scratch dans des épreuves comptant pour le championnat de France sur terre (au Mistral 1980 et au Terre de Provence 1981), une première place en catégorie deux roues motrices au Paris – Dakar 1981, et des classements très honorables en championnat du monde. Quant à Alain Tissier, il fut semble-t-il le seul à oser une CX dans toute l’histoire du Rallycross en France. Il devait apprécier ce modèle car nous le trouvons aussi engagé au Paris-Dakar 1984 sur une CX (avec Christian Marsault).

Audi Quattro, BMW 4×4, les monstres mécaniques en piste

La plus puissante du plateau, sans doute l’Audi Quattro de Jacques Aïta. Une bête préparée par Lionel d’Hondt. 550 chevaux annoncés !

Jacques-Aïta- Audi-Quattro- 1987 - Rallycross-Lohéac - photo-Thierry-Le-Bras

Jacques-Aïta- Audi-Quattro- 1987 – Rallycross-Lohéac – photo-Thierry-Le-Bras

Les départs sont fulgurants, la première ligne droite est dévorée avec l’appétit de Taz, le diable de Tasmanie imaginé par la Warner dans ses univers de cartoons. La Quattro bouffera-t-elle la concurrence telle une tornade emportant tout sur son passage ? Pas si sûr, car la diablesse a son talon d’Achille, un moteur dont l’efficacité n’arrive que haut dans les tours (rien au-dessous de 5.500, puis brutalité au-dessus) et un comportement très sous-vireur. Jacques Aïta ne manque pas d’expérience dans la discipline. Il s’est fait remarquer dès 1979 avec une méchante VW Coccinelle, a poursuivi sa carrière en 1982 et 1983 au volant d’une Alfa GTV6, puis est revenu en 1984 au volant d’une première Quattro, une A2 10S moins méchante que l’A2 20S qui lui a succédé en 1986. Le pilote sait s’imposer, gagner. Il l’a prouvé en remportant le championnat 1985. Lohéac 1987 ne sera cependant pas le meilleur moment de sa saison. L’Audi Quattro A2 20S se classera finalement 11ème en D2.

Caty -Caly- Audi-Quattro-1- 1987 - Rallycross-Lohéac - photo-Thierry-Le-Bras

Caty -Caly- Audi-Quattro-1- 1987 – Rallycross-Lohéac – photo-Thierry-Le-Bras

La première Audi Quattro sera la version A2 S10 de Caty Caly, elle-aussi sortie des ateliers de Lionel d’Hondt. Caty se classera aussi première femme de l’épreuve. Une pilote très rapide qui a remporté son premier titre de Championne de France de Rallycross deux ans plus tôt et récidivera trois fois (en 1994, 1995 et 1996). Nous avons déjà abordé ses performances (cf liens en fin de note).

Carolyn-Boniface -BMW-325-i-4x4- 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

Carolyn-Boniface -BMW-325-i-4×4- 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

Autre fille au départ en 1987, Carolyn Boniface. Première pilote américaine dans la discipline ! Elle s’est fait la main en rallye l’année précédente. Michel Jacquier Laforge souhaite la voir au volant d’une de ses BMW. Elle intégrera le Team Pierrot Gourmand et pilotera une BMW 325i 4×4 identique à celle d’Alain Coppier. La voiture a été utilisée par François Chauche et Bernard Béguin aux 24 Heures de Chamonix. Alain Coppier et Jacques Aïta la conseilleront pour qu’elle puisse tirer le meilleur parti de la machine. Le moteur atmosphérique 6 cylindres 24 soupapes (comme sur les fameuses M1) se révèle plus souple et progressif que ceux turbocompressés des Audi Quattro. Le souci de concevoir une voiture homogène et saine, facile (relativement) à exploiter a guidé son préparateur. A Lohéac, Carolyn fera un passage sur les portières en finale B (loin de l’objectif de mon appareil photo, de telle sorte que je ne puis illustrer ce moment). L’Américaine se classera 10ème à Lohéac. Les deux meilleures filles du Rallycross finiront la saison à égalité de points. Carolyn sera sacrée championne car elle a signé le meilleur résultat des femmes au général (2nde à Pau). Carolyn Boniface ne poursuivra pas sa carrière en Rallycross. Elle s’orientera ensuite vers le circuit, notamment avec des BMW et Alfa Romeo

Tous les participants au Rallycross de Lohéac 1987 ne figurent pas dans cette note. Je sais. Il manque même le vainqueur du jour en D2, Gérard Roussel sur Renault 5 Maxi 4×4. Désolé pour ceux qui ne sont pas mentionnés, pour leurs supporters, pour les inconditionnels des modèles qu’ils pilotaient. J’y reviendrai sans doute un jour ou l’autre. Et je suis très ouvert à la possibilité de mettre en ligne des textes et photos proposé par ceux qui lisent ce blog. N’hésitez pas à me contacter en message personnel.

QUELQUES LIENS

Souvenirs et photos de l’Audi Quattro en compétition sur DESIGNMOTEUR http://www.designmoteur.com/2016/05/quelques-souvenirs-audi-quattro-competition/ (avec entre autres des pilotes féminines de premier plan, Michèle Mouton et Caty Caly)

Des VW et des Audi à Lohéac http://circuitmortel.com/2017/08/quelques-images-du-rallycross-de-loheac-des-vw-et-des-audi/

Le Rallycross, un univers romanesque http://polarssportsetlegendes.over-blog.com/2016/07/un-polar-en-rallycross.html

Thierry Le Bras

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