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Trajectoire d’un pilote moto breton, Baptiste Felgerolles

Petite digression aux chroniques automobiles. Aujourd’hui, vous allez découvrir un jeune pilote qui représente l’avenir d’une autre discipline, la moto !

Pourquoi ce choix ? Parce que les fans de sports mécaniques aiment tout ce qui va vite avec un moteur, sur deux ou quatre roues. D’ailleurs, de nombreux compétiteurs ont roulé à moto et en automobile. Rappelez-vous John Surtees, Hailwood, Beltoise… Sans oublier les icônes de la vitesse au cinéma, James Dean et Steve McQueen. L’important, c’est le pilote, l’homme en osmose avec sa machine, quelle que soit ladite monture.

J’ai rencontré Baptiste par hasard, un matin du printemps dernier où je buvais un café dans un sympathique établissement de la Cité corsaire. Je lisais un magazine automobile en dégustant le nectar qui contribue à me mettre de bonne humeur pour la journée. Soudain, à la table d’à côté, j‘entends les mots week-end de course, podium, budgets, entrainements. Je ne veux pas me montrer indiscret mais je ne saurais rester indifférent aux projets d’un pilote. Après avoir fait la connaissance de Baptiste Felgerolles, j’ai estimé qu’il fallait contribuer au partage de la passion de ce jeune homme déterminé à réaliser son rêve, courir un jour en Grand-Prix, comme Zarco, le plus en vue des pilotes tricolores actuellement. « Zarco, un pilote que je suis particulièrement, observe Baptiste. A cause de ses performances bien sûr, mais pas seulement. Il prouve qu’il est possible de faire partie des meilleurs mondiaux sans avoir accédé très jeune aux lignes de départ des Grands-Prix. En plus, il a une bonne mentalité. Il ne se sert pas de sa notoriété uniquement pour se mettre en valeur. Dans ses interviews, il agit pour la reconnaissance de la compétition moto ».

La passion absolue

« J’ai regardé un Grand-Prix moto pour la première fois à la télévision quand j‘avais neuf ans, raconte Baptiste, les yeux pleins d’étoiles. Une vraie révélation ! J’en ai rêvé la nuit. A partir de ce moment-là, j’ai décidé qu’un jour, moi-aussi, je serais sur la piste »

Baptiste-Felgerolles-enfant- Naissance-d-une-vocation- source-collection-Baptiste-Felgerolles

Baptiste-Felgerolles-enfant- Naissance-d-une-vocation- source-collection-Baptiste-Felgerolles

Le mental du garçon était favorable à l’éclosion de la vocation. Dès le plus jeune âge, son père, qui roule souvent à moto, le familiarise avec ses machines. D’abord devant lui, puis en passager dès qu’il grandit. C’est tout naturellement que Baptiste apprend à apprécier l’engin motorisé comme une prolongation de son corps. Encore enfant, il reçoit une petite moto non homologuée pour la route mais avec laquelle il acquiert les notions de base sur des espaces privés. Son quatorzième anniversaire sonne l’heure des cyclomoteurs. Il les restaure puis les teste le dimanche sur les parkings vides des supermarchés.  A 17 ans, il achète sa première moto. L’outil qui permettra de commencer à s’entrainer, de rouler sur circuit.

2015 marque une nouvelle étape. Baptiste s’engage en compétition. Il découvre de l’intérieur le monde qui le fascine depuis l’enfance. Le voici pilote parmi les pilotes. Plus qu’un simple passionné, un acteur du milieu de la course ! Il participe à trois épreuves du Championnat de France de vitesse et à une course d’endurance. Pas de doute, Baptiste Felgerolles a sa place dans cet univers. Lors de sa deuxième course, il réalise la pole position et s’offre le luxe de doubler sous la pluie le Champion de France en titre. Baptiste a eu raison d’y croire. Il possède le potentiel d’un pilote. Il va persévérer, apprendre, progresser, viser les podiums, rouler vers une carrière professionnelle.

En 2016, le pilote malouin dispute sa première saison complète en Coupe de France Promosport 500 cc. Une saison d’apprentissage car il découvre les circuits. Et ne disposant que d’un budget limité, il n’effectue pas de roulages entre les courses, ce qui représente un handicap important par rapport à des adversaires mieux lotis. Baptiste Felgerolles termine le championnat à la 17ème place, une position très honorable pour un rookie qui se bat avec peu de moyens.

Baptiste-Felgerolles - 2017 - Pau-Arnos - photo-French-Arrogance

Baptiste-Felgerolles – 2017 – Pau-Arnos – photo-French-Arrogance

Toujours animé par le feu sacré et la volonté de progresser, Baptiste reste dans la discipline en 2017 avec le même matériel. Le moteur manque de puissance par rapport aux meilleurs, sa préparation n’étant pas optimisée. Le pilote limite toujours les roulages, faute d’argent. Entre les épreuves, il travaille dans la restauration, histoire de vivre et de compléter ce qu’apportent les partenaires. Parmi les postes sur lesquels il faut économiser, les pneumatiques. Or, des gommes neuves offrent un gain de performance indiscutable, sans parler du confort qu’apporte le travail de mise au point de la moto avec des pneus assurant un comportement plus sain et plus constant de la moto. Mais qu’importe, Baptiste va de l’avant avec ses armes et ses moyens, sans jamais se décourager, convaincu que les difficultés ne représentent qu’un obstacle à franchir. « J’ai gagné une seconde au kilomètre en 2017 », témoigne-t-il. « La progression est réelle. J’ai signé mon premier podium (2ème à Carole). Je finis la saison à la 6ème place du championnat ».

Baptiste-Felgerolles - N°-21- 2017 - Le-Mans - photo-Olivier-Pirot

Baptiste-Felgerolles – N°-21- 2017 – Le-Mans – photo-Olivier-Pirot

Pour Baptiste, la saison 2018 a déjà commencé. L’intersaison ne signifie pas vacances chez un garçon qui vit chaque seconde au rythme de la course moto. Les mois d’hiver servent à préparer l’année suivante. Une course d’endurance qui inclut le choix du programme, de la moto, la préparation physique et mentale, et surtout la finalisation de partenariats financiers qui permettront de rouler dans de bonnes conditions. Car dans les sports mécaniques, tout a un prix. La machine, les entrainements, les pneus, les déplacements, la maintenance. Un coût souvent très raisonnable par rapport aux retombées potentielles que recueilleront les sponsors, mais il faut tout de même ouvrir les portes, convaincre, concrétiser.

Baptiste-Felgerolles- 2017 - préparation-2018 - Carole - premiers-essais-en-600-cc - photo-L-Art-et-l-instant

Baptiste-Felgerolles- 2017 – préparation-2018 – Carole – premiers-essais-en-600-cc – photo-L-Art-et-l-instant

Baptiste Felgerolles a choisi son programme. « Ce sera la Coupe de France Promosport 600 cc avec une Yamaha R6. L’objectif, le titre, si possible dès 2018, ou au plus tard la saison suivante. Je suis motivé. Je veux devenir pilote professionnel à part entière. Un jour, je roulerai en Grand-Prix. Mais avant, je dois toujours progresser, étape par étape. C’est ça la compétition. Je ne crois pas aux personnes prédéterminée à devenir championnes. Je suis convaincu que les meilleurs, ce sont ceux qui travaillent tout le temps, s’améliorent, recommencent jusqu’à atteindre le résultat ». La démarche d’un futur champion, celle de tous les pilotes qui gagnent.

Une démarche qui ne laisse rien au hasard

Tel un créateur de start-up sportive, Baptiste a programmé sa croissance dans le monde de la course en adaptant ses stratégies à sa finalité, piloter le mieux possible. Dès l’adolescence, il choisit la filière mécanique moto dans le but de comprendre tout ce qui se passe au cœur de sa machine. Il apprend comment chaque organe fonctionne. Le moment venu, il saura régler ses motos, améliorer leur comportement, retranscrire avec précision à son équipe tout ce qu’il a cerné. Comme toujours, Baptiste se donne à fond. Son acharnement et son sérieux lui ouvrent en 2013 les portes du Team PréGP5 qui fait rouler cinq à sept pilotes en Championnat de France Promosport. Le voilà mécano d’une équipe professionnelle. Une expérience enrichissante !

En 2014, le diplôme de meilleur apprenti moto de Bretagne récompense son implication. 2015 le mettra une nouvelle fois à l’honneur puisqu’il deviendra lauréat du Prix de l’espérance de la Fondation Bleustein-Blanchet.

Baptiste-Felgerolles- N°-21- Concentration - 2017 - Pau-Arnos - photo-French-Arrogance

Baptiste-Felgerolles- N°-21- Concentration – 2017 – Pau-Arnos – photo-French-Arrogance

Fidèle à sa conviction que le résultat dépend directement du travail et des efforts, Baptiste Felgerolles vit moto chaque jour de l’année. Il prépare sa machine avec une minutie sans faille. « ‘Je sais que j’en semble maniaque, reconnaît-il. Non seulement dans l’approche de la moto, mais aussi dans les moindres détails. Les jours de course, je tiens à ce que tout soit rangé parfaitement dans le stand. Je ne supporte pas un bout de papier qui traine sur la table. Je vérifie les pressions, les serrages de roues, l’état de la visière de mon casque, je m’assure que tout ce dont je peux avoir besoin au moment d’amener la moto en pré-grille est prêt, là où chaque chose doit être… La compétition implique de ne rien laisser au hasard pour ne pas perdre une course à cause d’un détail. »

L’obsession de la moto ne le quitte pas lorsqu’il rentre chez lui en Bretagne. « Je me prépare physiquement et mentalement. Je fais quatre heures et demie de sport par jour, en alternant des disciplines variées, pompes (200 tous les deux jours), course à pied, natation, assouplissements… Je travaille l’endurance, la musculation et la souplesse. Tous les muscles sont sollicités sur une moto. En plus, il vaut mieux travailler la souplesse des articulations et des tendons afin de limiter les risques de pépin en cas de grosse chute.

Baptiste-Felgerolles- 2017 - Pau-Arnos-2 - photo-French-Arrogance

Baptiste-Felgerolles- 2017 – Pau-Arnos-2 – photo-French-Arrogance

« Je fais aussi très attention à mon alimentation. Beaucoup de viande blanche et de légumes. Je ne le vis pas comme une contrainte, au contraire. J’y prends plaisir et j‘aime ce que je mange. De temps en temps, en dehors de la proximité des courses, je peux me laisser aller à commander un plat hors-régime lors d’un repas convivial avec des amis. Sans excès. Et les week-ends de course, je suis très rigoureux. Pas d’aliments gras, mais des plats et boissons qui apportent de l’énergie, parent les carences, protègent de la déshydratation. »

Le sérieux de Baptise Felgerolles impressionne. Il s’impose la discipline de fer des professionnels confirmés et suivis au plus haut niveau. Je ne crois pas que beaucoup de jeunes pilotes fassent preuve de la même volonté dans les formules de promotion.

Baptiste-Felgerolles - 2017 - Le-Mans - photo-Olivier-Pirot

Baptiste-Felgerolles – 2017 – Le-Mans – photo-Olivier-Pirot

Lors de nos entretiens, Baptiste m’a confié qu’il s’intéressait aussi beaucoup au sport automobile. Son pilote préféré ? Ayrton Senna ! Chaque visionnage des films et documentaires sur la carrière du champion brésilien lui procure des émotions intenses. Ayrton Senna, une vie entièrement vouée à la course, une passion totale, une implication et un sens du détail rarement égalés. Sans doute le jeune motard est-il sensible à cette communion entre l’homme et la course qu’incarna Ayrton. Nous lui souhaitons d’atteindre la même perfection. J’ai interviewé beaucoup de pilotes et rédigé de nombreux portraits sur divers supports (magazines, sites, livres). Baptiste fait sans nul doute partie de ceux qui veulent tant atteindre leur objectif qu’il paraît indubitable qu’il y parviendra.

En piste vers 2018

Bientôt, Baptiste va retrouver les sensations du pilotage en course. Il a hâte de s’aligner sur la première grille de départ de la saison 2018. Le pilote breton aime à ce point la compétition qu’il entre dans la course deux semaines avant le jour J. A ce moment-là, le compte à rebours commence. Plus la peine de l’inviter à une soirée, il déclinera. Son esprit est totalement fixé sur l’objectif à atteindre, signer le meilleur résultat possible !

Une fois sur le circuit, chaque seconde compte bien sûr. Le temps le plus fort du week-end ? « Le premier virage, répond Baptiste après une seconde de réflexion. Plus la course approche, plus je suis dans ma bulle, totalement concentré. Au moment de me ranger en pré-grille, Je dois rester calme. Je fais des exercices de respiration. Je suis focalisé sur le départ. Réussir un bon départ est très important. Je passe la première, Je monte le régime moteur à 6000 tours minute (en 500 cm3). On peut perdre beaucoup au moment de lâcher l’embrayage, soit en calant, soit en cabrant la moto. Toute erreur se paye cash. Une seule chose compte, le premier virage. Freiner après tout le monde, essayer de gagner des places…. »

Baptiste-Felgerolles - 2017 - photo-Kevin-Piémontois

Baptiste-Felgerolles – 2017 – photo-Kevin-Piémontois

A cet instant de l’interview, l’esprit de Baptiste pilote sa moto. Il revit ses meilleurs départs, les mises en action parfaites qui lui ont permis de gagner cinq ou six places dès les premiers mètres de course. L’exercice semble facile en théorie. Je suis conscient – pour l’avoir vécu en course automobile – qu’il se complique en pratique. Car sur la piste, il y a les autres. Pas si facile de se placer au mieux dans un peloton, de ne pas se faire bousculer, de ne pas freiner après le point limite, là où ça ne passe plus, où le pilote perd plus à la sortie du virage qu’il n’a gagné à l’entrée, voire où survient la sanction, chute ou sortie de piste. « Il faut que ça passe… » reprend Baptiste avec la détermination qui caractérise les compétiteurs.

En attendant le bonheur intense de renouer avec ces décharges d’adrénaline, Baptiste Felgerolles enchaînera l’entrainement physique (avec le soutien de l’Association Jeanne d’Arc à Saint-Malo), la préparation mentale, les kilomètres à moto sur plusieurs types de terrains. « Je touche à tout, vitesse, enduro, trial. Chaque spécialité aide à s’améliorer en apportant quelque chose de spécifique, contribue à façonner un pilote complet, performant partout et dans toutes les configurations météo. Le pilote capable de jouer la gagne doit sélectionner la meilleure trajectoire, franchir un virage le mieux possible si la course en peloton l’empêche de se placer exactement là où il faudrait, gérer la glisse, faire pivoter la moto avec l’efficacité optimale… »

Baptiste-Felgerolles - 2017 - photo-Antoine-Henry

Baptiste-Felgerolles – 2017 – photo-Antoine-Henry

Suivi et conseillé par Gregory Leblanc, plusieurs fois vainqueur du Bol d’Or et des 24 Heures du Mans (moto), Baptiste Felgerolles fera de 2018 une grande année. Il reste à résoudre les questions matérielles. Trouver sa nouvelle moto, financer sa  saison. Le pilote malouin possède de solides arguments. Sa détermination et sa progression rapide jouent en sa faveur. En outre, Baptiste fait partie des sportifs disponibles, gentils, que les spectateurs aiment spontanément, que les médias relayent volontiers. Il représente un vecteur de communication ultra-performant. Les décideurs du monde économique qui le soutiendront enregistreront un coefficient multiplicateur de leur investissement de nature à donner le sourire à leur commissaire aux comptes comme à leurs actionnaires. D’autant que le jeune pilote ne manque pas d’idées susceptibles d’optimiser les retombées des partenariats à conclure !

QUELQUES LIENS

Le compte Facebook de Baptiste Felgerolles, pilote https://www.facebook.com/felgerolles/

Son compte twitter https://twitter.com/BFelgerolles21

Quand DESIGNMOTEUR se met à l’heure de la moto à l’occasion des 24 Heures du Mans 2016 remportées par Gregory Leblanc et ses équipiers http://www.designmoteur.com/2016/04/les-24-heures-motos-resume-videos-photos/

Thierry Le Bras

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