Vous êtes ici : CIRCUITMORTEL » Chronique » Rallycross de Lohéac 1987 : propulsions contre tractions 1/2

Rallycross de Lohéac 1987 : propulsions contre tractions 1/2

30 ans déjà à l’heure où je rédige cette chronique. En 1987, Lohéac, berceau du Rallycross, n’accueille pas le championnat du monde de la discipline qui n’existe pas encore mais une manche du championnat de France.

1987, une année de gros changements en sport automobile. D’une part, les surpuissantes Groupe B sont bannies du championnat du monde des rallyes. Trop dangereuses, impliquées dans trop de drames en course. L’accident dans lequel Henri Toivonen et son navigateur Sergio Cresto ont perdu la vie au Tour de Corse 1986 a décidé les autorités sportives à renoncer au projet de voitures encore plus phénoménales et à interdire ces monstres sur les routes de rallye dès 1987.

Chauche -BMW-635-et-Ménier-Ford-Sierra-RS-Cosworth - 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

Chauche -BMW-635-et-Ménier-Ford-Sierra-RS-Cosworth – 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

Révolution aussi dans le clan des voitures du groupe A. De nouveaux modèles reçoivent leur homologation. Parmi elles, la Ford Sierra RS Cosworth et la BMW M3 débutent de grandes carrières en circuit, course de côte, rallye et Rallycross. Elles donnent un coup de vieux à la concurrence. Mais attention, en Rallycross, elles courent alors en D1 où elles affrontent des tractions deux litres moins puissantes mais parfois avantagées par leur motricité, surtout quand les conditions atmosphériques se dégradent, ce qui fut le cas le dimanche de Lohéac.

Commençons par la D1, le domaine des petites ou moyennes berlines en ce temps-là. Des affrontements aussi spectaculaires que les chocs de poids lourds réservés aux monstres du groupe B ou véhicules assimilés.

Des Fiat et Citroën en outsiders

En 1987, les constructeurs tiennent à offrir une image dynamique à leurs modèles de base en développant des versions musclées.

Gustave-Tarrière - Fiat-Uno-Turbo-ie - 1987 - Rallycross-Lohéac - Photo-Thierry-Le-Bras

Gustave-Tarrière – Fiat-Uno-Turbo-ie – 1987 – Rallycross-Lohéac – Photo-Thierry-Le-Bras

Fiat n’échappe pas à la règle. La Uno possède des arguments de séduction, à commencer par le dessin de sa carrosserie. Un modèle signé Giorgetto Gugiaro dont avons déjà présenté quelques réalisations sur ce blog (cf http://bit.ly/2mDBaZj ). La transformation de la citadine en sportive passe par la greffe d’un turbo sur le moteur de 1301 cm3. Uns solution qui ne coûte pas cher et permet en 1985 à la Fiat Uno Turbo ie de série de développer 105 cv qui la propulsent à 200 km/h. Le modèle séduira moins de pilotes que la Fiat Ritmo Abarth quelques années plus tôt. Des Uno Turbo apparaîtront tout de même en championnat du monde des rallyes sous les couleurs Totip. Alessandro Fiorio, le fils de Cesare – dont tout le monde se rappelle les fonctions à la tête des écuries Lancia et Ferrari – commencera sa carrière de rallyman sur cette voiture en 1986. La même année, Giovanni Del Zoppo réussira une belle performance au Rallye du Portugal en plaçant une Uno turbo sur le podium.

En France, Marcel Viard montera une très méchante Fiat Uno Turbo ie groupe A dont la puissance dépassera les 200 cv selon les commentaires retrouvés. Une auto avec laquelle il s’engagea en course de côte, sa discipline de prédilection. Une machine difficile à piloter sur le bitume étroit des tracés montagnards avec son turbo et ses roues avant motrices. Le pilote préparateur réussit cependant de très belles performances parmi lesquelles une victoire de groupe devant les redoutables BMW 635. En 1987, c’était aussi un ancien montagnard qui défendait les couleurs de la Uno. Gustave Tarrière, que les spectateurs de l’Ouest avaient longtemps vu en côte avec son Alpine Berlinette verte, changeait de discipline et de marque. Son meilleur classement de la saison, sixième au Creusot.

Jean-Luc-Pailler - Citroën-BX-Sport - 1987 - Rallycross-Lohéac - Photo-Thierry-Le-Bras

Jean-Luc-Pailler – Citroën-BX-Sport – 1987 – Rallycross-Lohéac – Photo-Thierry-Le-Bras

Jean-Luc Pailler, un maître du Rallycross français. Jean-Luc a remporté onze titres nationaux et un titre européen. Auparavant, il avait été deux fois champion de France de 2cv cross. En 1987, le pilote finistérien découvre le Rallycross avec une modeste BX Sport, une version améliorée d’une des voitures les plus vendues dans l’Hexagone. La ligne de la BX est sortie des bureaux du designer Bertone qui la destinait initialement à Volvo. Elle arborera finalement le double chevron. Sa carrière sportive était prévue en rallye où une version groupe B débuta en 1986. Une catastrophe. La BX 4 TC était dépassée dès sa sortie. Citroën ne poursuivit pas l’aventure et les BX 4TC n’entrèrent pas dans l’histoire. Le modèle se ferait cependant  remarquer là où personne ne l’attendait, en Rallycross ! Celle de Jean-Luc Pailler ne développait que 150 CV, soit 24 de plus que la voiture de série. Les résultats ne se feront pas attendre. Le Breton signa son premier podium avec cette voiture à Lessay. Dès 1988, il taillerait des croupières aux pilotes de BMW M3 et de Sierra Cosworth. Ses performances lui vaudront d’être remarqué par Bernard Hainry, le responsable de Citroën Ouest Compétition. Ce sera le début d’une progression remarquable.  La Groupe A laisserait vite place à une BX turbo 4 roues motrices, à une Xantia de 750 chevaux (autant qu’une F 1), puis à des Peugeot 206 « esprit WRC ».

Des VW et Renault reines des tractions

L’objectif de la R11 Turbo de série était clair, concurrencer la VW Golf GTI. Son look ne plaide pas en sa faveur. Son moteur de 1397 cm3 agrémenté d’un turbo développe 105 cv de série à l’origine. Une voiture saine, facile à conduire, pleine de qualités mais moins enthousiasmante que sa majesté la Golf.

Henry-Guyonnet-Dupeyrat - Renault-R11-Turbo- 1987 - Rallycross-Lohéac - Photo-Thierry-Le-Bras

Henry-Guyonnet-Dupeyrat – Renault-R11-Turbo- 1987 – Rallycross-Lohéac – Photo-Thierry-Le-Bras

Reconnaissons lui tout de même de belles dispositions sportives. Dès 1985, Alain Oreille remporte le groupe N avec une R11 Turbo au Rallye de Monte-Carlo. En 1986 et 1987, le pilote Renault, passé au groupe A, se classe troisième au championnat de France des rallyes. La R11 Turbo peut même gagner le scratch comme aux Garrigues. Renault développe désormais la R5 GT Turbo en groupe N et la 11 Turbo en groupe A. Les succès en compétition rehaussent l’image du modèle de série.

Plusieurs pilotes amateurs se laisseront convaincre par la Renault 11 Turbo. Parmi eux, Henry Guyonnet-Dupeyrat , soutenu par des partenaires d’Angoulême, haut lieu de la Bande dessinée grâce à son festival. Sur les portières, Iznogoud promettait les pires châtiments aux rivaux qui oseraient doubler la R11 Turbo. Par chance, il ne parvint pas à s’échapper de la dimension fictionnelle et, coincé dans l’univers créé par Goscinny et Tabary, le grand vizir qui voulait devenir calife à la place du calife ne parvint pas à empaler les pilotes des autres voitures ! Rappelons que la R11 Turbo s’est illustrée en Rallycross dès 1985, notamment avec Jean-Jacques Bénezet

Bernard-Bertrand - VW-Golf-GTI-16S - 1987 - Rallycross-Lohéac - Photo-Thierry-Le-Bras

Bernard-Bertrand – VW-Golf-GTI-16S – 1987 – Rallycross-Lohéac – Photo-Thierry-Le-Bras

1987 marque le dixième anniversaire de l’arrivée de la VW Golf GTI en compétition (cf http://bit.ly/2cjhbqI ). La VW Golf GTI, un modèle particulièrement marquant, a été beaucoup imité. La plupart des autres constructeurs ont tenté de lui opposer une rivale, avec plus ou moins de succès. VW ne s’endort pas sur ses lauriers. La Golf GTI évolue. Sa cylindrée a augmenté dès 1983 (cf http://bit.ly/2BmaEsV ). Elle s’adapte à la tendance d’augmentation du volume des voitures. La Golf II apparue en 1985 se révèle un peu plus grande et plus logeable que la MKI. Le constructeur allemand lui fournit le moyen de rester la plus performante en l’équipant d’un moteur à culasse 16 soupapes. Elle développe désormais 139 cv et atteint 206 km/h en pointe. Sa version groupe A se montre ultra-performante. A son volant, Kenneth Eriksson collectionne les performances en Championnat du monde des rallyes. Le Suédois a remporté la titre de champion du monde des rallyes groupe A en 1986. En 1987, il sera le premier pilote de deux roues motrices au même championnat. Quelques jours après Lohéac, il imposera la VW Golf GTI 16 S au classement général du Rallye de Côte d’Ivoire. La saison du Suédois avait commencé tambour battant au Monte-Carlo où il terminait premier des deux roues motrices devant la R11 Turbo d’une autre pointure, Jean Ragnotti.

Jean-Marie-Galipon - VW-Golf-GTI- 1987 - Rallycross-Lohéac - Photo-Thierry-Le-Bras

Jean-Marie-Galipon – VW-Golf-GTI- 1987 – Rallycross-Lohéac – Photo-Thierry-Le-Bras

Dans le petit village breton où le Rallycross vit le jour, le dernier mot reviendra à la Golf GTI 16 S de Bernard Betrand. D’autres Golf équipées de la culasse 8 soupapes étaient également présentes, dont celle du garagiste Jean-Marie Galipon.

Propulsions, un duel BMW contre Ford

Christian Lefeuvre fait partie des figures de Lohéac. Il est le fondateur d’une des institutions du village, le fameux restaurant crêperie grill La Manivelle dont la décoration évoque les passions du patron, la course automobile et la course au large !

Christian-Lefeuvre -BMW-323- 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

Christian-Lefeuvre -BMW-323- 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

Depuis, Christian a roulé (et gagné) en Rallycross. Il a participé à des épreuves de rallye-raid, formé des pilotes de 4×4. Il exerce l’activité de coach sportif, connaissant particulièrement bien le mental des pilotes pour s’être battu au volant. En 1987, il roule à Lohéac avec une BMW 323 I. Une auto attachante mais qui manque d’arguments dans la discipline, surtout par temps humide. Car si la 323 a enchanté des conducteurs amateurs de BMW, son potentiel en compétition est limité. Certes, Philippe Leclerc a remporté son groupe dans diverses courses de côtes dont le Mont-Dore avec une 323 i. Mais il s’agissait d’une groupe 2, au début des années 80. Bien sûr, Henri Vuillermoz et Francis Dosières ont fait briller des groupe N en côte en 1982 et 1983. Sans oublier Jean-Hugues Hazard et Bernard Degout et les  groupe A à la même époque… Mais depuis, la 323 génération E21 a été surclassée en puissance au sein de sa propre famille par les 528 et 635. Pas assez de chevaux, un train arrière baladeur sur piste humide, ce n’était pas son année à Lohéac. Ne doutons pas toutefois que Christian Lefeuvre ait pris du plaisir au volant de cette auto vive, amusante, à la sonorité excitante. Un épisode qui contribuerait à apprendre au pilote comment gagner quand l’heure viendrait.

François-Chauche -BMW-635- 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

François-Chauche -BMW-635- 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

La 635, fer de lance de BMW dans la catégorie groupe A depuis 1983. D’abord en circuit dans les épreuves du Championnat d’Europe des voitures de tourisme, puis en course de côte avec Giovanni Rossi, Francis Dosières et quelques autres. La 635 est parfois apparue en rallye (par exemple à La Baule en 1985, pilotée par Jean-Caude Andruet, et au Jeanne d’Arc 1986 entre les mains de Francis Dosières). Sa puissance lui a permis de jouer les premiers rôles en Rallycross lors de la saison 1985 (cf http://bit.ly/1NGR0Wh ) bien qu’elle soit peu à son aise sur les parties terre des épreuves. Le Team CA Sport confie sa 635 à François Chauche en 1987. Un bon choix. Le pilote figure parmi les spécialistes de la glisse et a remporté le Championnat de France des rallyes sur terre en 1985. A Lohéac, il fait ce qu’il peut sur un revêtement très glissant qui ne convient pas à la 635. Mais à Mayenne, il réussira l’exploit de s’offrir la victoire en D1 avec la magnifique grand-mère digne d’éloges !

Max-Mamers -BMW-M3- 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

Max-Mamers -BMW-M3- 1987- Rallycross-Lohéac- Photo-Thierry-Le-Bras

La nouvelle arme de BMW en groupe A, c’est elle, la M3 première génération équipée d’un 4 cylindres 16 soupapes qui développe 195cv de série et beaucoup plus en groupe A (souvent 300 cv). Un bloc dérivé de celui que BMW a mis au point pour la F1 auquel on a retiré deux cylindres. Une culasse inspirée de celle qui équipait les fabuleuses M1. Un look d’enfer avec ses ailes élargies et ses appendices aérodynamiques. La voiture de série a été conçue dans le but d’homologuer une bête de course compétitive. Pari réussi ! Dès 1987, la M3 remporte des victoires dans toutes les disciplines. Au Critérium de Touraine, Bernard Béguin et Jean-Jacques Lenné l’imposent pour la première fois en Championnat de France des rallyes. Ils récidiveront au Tour de Corse (qui compte également pour le Championnat du monde) et à l’Antibes. En course de côte, Francis Dosières pulvérise la concurrence au Mont-Dore avec la M3 louée pour l’occasion alors qu’il roule encore en Championnat de France avec sa vaillante 635. En circuit, les succès s’enchaînent. Victorieuse aux 24 Heures de Spa entre autres, la M3 s’illustre brillamment dans l’Hexagone. Fabien Giroix domine largement le Championnat de France groupe A avec celle du Garage du Bac. Et en Rallycross, Max Mamers (pilote expérimenté, double champion de France de Rallycross, cinq fois pilote WM au Mans, futur créateur du Trophée Andros) confirme le potentiel de la nouvelle bête de course by BMW sur tous les terrains. Il a gagné quatre fois en D1 avant d’arriver à Lohéac. Les conditions météo limiteront ses ambitions en terre bretonne où il se contera du podium derrière une VW Golf GTI 16S et une R11 Turbo. Mais il gagnera à nouveau à Longwy et terminera le championnat à la première place des voitures de sa division en s’y étant imposé cinq fois sur onze courses.

Christian-Ménier- Ford-Sierra-RS-Cosworth - 1987 - Rallycross-Lohéac - Photo-Thierry-Le-Bras

Christian-Ménier- Ford-Sierra-RS-Cosworth – 1987 – Rallycross-Lohéac – Photo-Thierry-Le-Bras

Si une voiture peut prétendre au titre de challenger de la BMW M3, c’est elle, l’autre cogneuse de cette génération, la Ford Sierra RS Cosworth. La RS 200 écartée des rallyes comme les autres grosses autos du groupe B, la Capri 3000 ayant atteint l’âge de la retraite et ne figurant plus au catalogue, Ford devait défendre ses couleurs avec une nouvelle machine capable de jouer les premier rôles. Pas question de laisser BMW, Volvo, Rover et Mercedes régner seuls sur les courses de voiture de tourisme. Après la Cortina Lotus dans les années 60, Ford associe un nouveau nom synonyme de hautes performances au développement d’un modèle de série, celui de Cosworth, pour toujours emblématique de victoires en Formule 1. Spoiler et aileron agressif annoncent la couleur. Le moteur 4 cylindres 16 soupapes de la bête développe 204 cv d’origine avec son turbo Garett T3 (0,7 bar). Une bonne version groupe A devait développer 350 cv (plus tard, une version RS 500 arrivera). Une voiture à ne pas mettre entre toutes les mains sur route ouverte. Mais un missile une fois confiée à un pilote adroit. Plutôt conçue pour le circuit, la Sierra RS Cosworth qui est alors une deux roues motrices jouera également les vedettes en rallye. Didier Auriol décrochera d’ailleurs le titre national cette année-là. Et la Sierra Cosworth deviendra un des modèles les plus prisés des candidats à la victoire en groupe N comme en groupe A. Nous avons déjà évoqué celle avec laquelle Serge Bermand débuta en compétition (cf  http://bit.ly/2wqMxXA).  Dix ans avant son titre de Champion de France de Rallycross (sur une autre Ford, une Escort Tubo 4×4),  Christian Ménier ose la Cosworth sur la terre. Avec quelques performances très honorables puisqu’il terminera la saison sixième en D1. Deux ans plus tard, il  terminera le championnat premier des concurrents engagés en D1 avec la même auto. Signalons que le pilote a remonté récemment une Sierra Cosworth groupe A identique jusqu’aux couleurs Motorcraft  à celle qu’il utilisait à cette époque. Une auto idéale pour le Rallycross Legend Show !

A suivre…

QUELQUES LIENS

Prenons le volant d’une Golf GTI avec DESIGNMOTEUR http://www.designmoteur.com/2016/04/vw-golf-gti-annees-70/

Fiction et réalité se rejoignent à Lohéac dans un roman avec de vrais pilotes http://bit.ly/2hjfyxa

Ces voitures de compétition qui portent les couleurs d’un livre http://bit.ly/2A068Qw

Thierry Le Bras

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié.

*