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Tonnerre mécanique à la Course de côte du Mont-Dore – Chambon-sur-Lac (1/2)

Un cadre grandiose, des montagnes qui amplifient les rugissements des moteurs déchaînés par la soif de victoire, des pilotes fascinés par l’enjeu, des photographes obsédés par la capture d’instants inoubliables, des spectateurs en transe, des légendes inquiétantes, l’annonce chaque année d’un spectacle fantastique !

Cette course s’est forgé un statut à part. Sa date (deuxième week-end d’août), son histoire, sa réputation incitent de nombreux pilotes à s’y engager, et pas seulement parmi les spécialistes de la course de côte.

Dosières-BMW-635 - 1984 - CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Dosières-BMW-635 – 1984 – CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Au palmarès de cette course de côte figurent deux vainqueurs de Grands-Prix français, Maurice Trintignant et Jean-Pierre Beltoise. De grands rallymen y ont participé, par exemple Gérard Larrousse, Jean-Luc Thérier, Bernard Darniche, Guy Féquelin, Bernard Béguin. Philippe Bugalski s’y est engagé lorsqu’il faisait ses premiers pas au volant d’une VW Golf GTI. Les meilleurs pilotes de course de côte y ont signé des performances, les frères Almeras, Jacky Ravenel, Yves Martin, Mauro Nesti, Jimmy Mieusset, Michel Pignard, Marcel Tarrès, Sébastien Petit, Bernard-Étienne Grobot… Rouler au Mont-Dore, c’est jouer dans la cour des grands, au moins le temps d’un week-end.

Thierry-Le-Bras - VW-Golf-GTI - 1977 - CC-Mont-Dore - 2 - Photo-Photo-Actualité

Thierry-Le-Bras – VW-Golf-GTI – 1977 – CC-Mont-Dore – 2 – Photo-Photo-Actualité

J’ai découvert Le Mont-Dore en 1977, cela fait quarante ans. Je m’y étais engagé au volant d’une VW Golf GTI. J’y suis retourné à plusieurs reprises et cette course me plait tellement que j‘ai écrit un roman dont l’action se déroule principalement sur son site (cf http://bit.ly/2uRmDv5 ). A quelques jours de l’édition 2017, impossible de résister au plaisir de partager quelques photos prises lors de diverses éditions de cette magnifique épreuve.

De sacrés clients qui ont préparé eux-mêmes leurs voitures

La génération des Simca 1000 Rallye relève de la même philosophie que la R8 Gordini. Simca a lancé la Rallye 1 puis la Rallye 2 en communiquant sur la nécessité de fournir aux jeunes qui souhaitaient conduire sportivement une voiture plus saine et plus sûre que les véhicules bricolés « maison ». Parallèlement, les 1000 Rallye sont devenues des bêtes de course assez abordables permettant à des pilotes doués de se faire remarquer. Des garçons tels que Francis Dosières ou Henri Vuillermoz ont débuté au volant de Rallye 2 groupe 1.

Dzierzbicki- Simca-Rallye-3-groupe-A - - 1983 - CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Dzierzbicki- Simca-Rallye-3-groupe-A – – 1983 – CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Une nouvelle évolution de la 1000 Rallye sera disponible pour la saison 1978. Elle s’appelle Rallye 3. Elle a gagné en puissance (102 cv de série au lieu de 82 pour la version précédente). Les extenseurs d’ailes ont permis l’installation de voies plus larges. La voiture ne sera commercialisée que six mois, le temps d’écouler les modèles nécessaires à son homologation en groupe 1. Car l’objectif de cette ultime version des 1000 Rallye est clairement la compétition. De nombreux pilotes surdoués s’engageront à son volant, en groupe 1 puis en groupe A en 1982 et 1983. Parmi eux, Christian Dzierzbicki. Je l’ai vu pour la première fois en 1980. Il roulait déjà très vite et n’a pas tardé à devenir une des pointures de cette catégorie particulièrement disputée. En 1982, il remporte sa classe à Saint-Gouëno devant la « terreur de l’Ouest » en Rallye 3, Patrice Cosson. En 1983, il gagne la catégorie au Mont-Dore ! Son résultat est souligné dans le numéro spécial d’Échappement consacré à la Course de côte du Mont-Dore à partir des photos d’Adolphe Conrath. Christian le mérite amplement. Non seulement il s’illustra en tant que pilote, mais il préparait aussi sa voiture lui-même. La saison suivante, Christian s’est engagé dans  une coupe en circuit. Ses obligations professionnelles l’ont amené à remiser provisoirement sa combinaison et son casque. Il a toutefois roulé en kart il y a quelques années, surtout pour former son neveu au pilotage. Je pense lui consacrer une chronique complète un de ces jours. Il n’exclut pas de re-piloter en historique si l’occasion se présente. Car comme chez tous les authentiques passionnés, sa passion  de la course reste intacte.

Bermand-Ford-Sierra-RS-Cosworth - groupe-N- 1989 - CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Bermand-Ford-Sierra-RS-Cosworth – groupe-N- 1989 – CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Autre pilote très rapide préparant lui-même ses voitures, Serge Bermand. En 1989, il achète une Ford Sierra Cosworth, une voiture qui brille en compétition depuis son homologation en groupe N et en groupe A deux ans plus tôt. Serge s’engagera en groupe N. Dès sa première épreuve, une course de côte régionale, il remporte le groupe. La voiture reste très proche de la série cet été-là. Le pilote ne dispose pas encore de slicks et roule avec les pneus rainurés imposés en régional. La passion autorise toutes les audaces. Les vacances arrivent. L’occasion de se lancer dans le grand bain. La seconde course de Serge sera carrément Le Mont-Dore. Sans slicks, sans préparation moteur, mais avec la volonté de bien faire, d’apprendre, de progresser au contact des meilleurs.

Pépin imprévu quelques ours avant l’épreuve. Serge se blesse à une main. Pas question de renoncer pour autant. Sa mère modifie un gant ignifugé afin qu’il puisse l’enfiler – sans trop souffrir – conformément au règlement. Serge découvre le haut niveau et se comporte très honorablement. Par la suite, il préparera sa voiture et l’amènera au niveau des meilleures Cosworth. Plus attiré par le rallye que la côte, il ne tardera pas à devenir un des hommes à battre dans sa région d’adoption, le Sud-Ouest. L’équipage qu’il forme avec son frère Gérard figurera longtemps au haut des classements. Toujours avec des Ford, soit des Sierra Cosworth, soit une superbe 2000 RS turbo groupe F montée par ses soins. Une bombe mise au point avec un budget bien plus raisonnable que les kit-cars dévoreuses d’euros. Serge fait partie des pilotes auxquels je compte bien consacrer des chroniques dans les prochains mois. Il roule encore à l’occasion avec devinez quoi ? Une Sierra Cosworth naturellement !

Des berlines et coupés transformés en bêtes de course

J’annonce tout de suite mon goût prononcé pour ces voitures. Je les préfère encore aux GT, protos et monoplaces. Une attirance purement subjective liée à ma jeunesse. Quand j’étais lycéen, mon père a possédé quelques voitures sympathiques, notamment une Opel Manta SR et un Coupé Alfa Romeo 2000 GTV. Je me disais alors qu’il était possible d’envisager de courir sur des voitures comparables un jour, tandis que les Ferrari Daytona et Lamborghini Miura qui faisaient rêver certains de mes copains étaient carrément inabordables.

Chamaraud-BMW-530-IUS - groupe-1- 1978 - CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Chamaraud-BMW-530-IUS – groupe-1- 1978 – CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

La BMW 530 IUS fit partie des modèles qui, quelques années plus tard, me fascineraient. Une auto magnifique, annoncée en groupe 1 pour 240 cv par un numéro spécial d’Échappement (Toutes les voitures de course du monde – Les cahiers d’Échappement 1978). J’avoue l’avoir regardée avec envie lorsqu’en 1977, je courais en VW Golf GTI groupe 1 avec l’idée d’accéder à une catégorie supérieure. Deux obstacles rendaient cependant un tel projet irréalisable. D’abord un coût d’achat et de préparation bien supérieur au budget que je pouvais envisager de réunir. D’autre part, une inadaptation de cette voiture à ma discipline de prédilection, la côte. Trop lourde, et des rapports de boite et pont trop longs. En 1978, une sortie de route quelques semaines avant l’été m’ayant privé des côtes estivales, je suis tout de même allé au Mont-Dore avec l’objectif de satisfaire un autre aspect de ma passion automobile, à savoir réaliser des photos de course. Une BMW 530 IUS était engagée et pilotée par Pierre Chamaraud. Le pilote attaquait et la voiture respirait la puissance. La belle 530 IUS ne se classa toutefois que  11ème du groupe 1, derrière les meilleures Escort. Une excellente compétitrice, mais avant tout sur circuit.

Popp-Chevrolet-Camaro - groupe-1- 1978 - CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Popp-Chevrolet-Camaro – groupe-1- 1978 – CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Autre monstre impressionnant, la Camaro. Cette année-là, la Chevrolet encaissait le poids des ans en plus des kilos de sa carrosserie. Le V8 américain ne suffisait plus à dominer les meilleures 2 litres européennes. Bien que toujours superbe et spectaculaire, celle de Popp se classa 7ème du groupe 1.

Pasquier-BMW-320 - groupe-2- 1981 - CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Pasquier-BMW-320 – groupe-2- 1981 – CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Les BMW 320 de série furent nombreuses à circuler sur nos routes. Par contre, préparer une groupe 2 nécessitait un budget trop important pour la plupart des gentlemen drivers. Ceux qui y parvinrent jouirent sûrement d’une satisfaction intense au volant. Yves Evrard imposa une 320 groupe 2 au Mont-Dore en 1980. En 1981 par contre, le clan des pilotes de BMW groupe 2 (Leclerc, Pasquier, Bassaler) s’inclinera face à l’Escort Zakspeed de Stenger.

Des BMW dominatrices en groupe A

BMW fait partie des constructeurs qui ont homologué des voitures compétitives lorsque la réglementation des groupes a changé en 1982.

Rossi-BMW-528-groupe-A- 1983 - CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Rossi-BMW-528-groupe-A- 1983 – CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Après une année de transition où Jean-Hugues Hazard impose une 323, les 528 débarquent en 1983. Le regretté Giovanni Rossi finira second de la catégorie derrière un autre montagnard redoutable, Henri Vuillermoz. Giovanni a goûté la saveur de la victoire en Auvergne avec sa monture précédente, une Ford Escort 2000 RS groupe 1. Il récidivera dès 1984 avec une BMW 635 groupe A, la nouvelle arme de BMW. Beaucoup plus chère que la 528, hélas, mais indispensable pour gagner en championnat d’Europe.

Thilloy-BMW-635 - 1985 - CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Thilloy-BMW-635 – 1985 – CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Au départ de l’édition 1985, six 635 sont au départ. Cette fois, Francis Dosières prendra le meilleur sur tous ses adversaires. Il remportera aussi le titre européen en fin de saison. Parmi ses adversaires en Auvergne, un pilote qui a fait sensation au début de la saison, Marc Thilloy, un fan de la M1. Il en chercha une pendant plusieurs mois, en vain. On imagine aisément que les M1 préparées  d’occasion étaient plus difficiles à trouver que les Golf GTI ou les R5 GT turbo groupe N. Marc Thilloy se rabattit donc sur une AGS Formule 2. Une voiture sympa . Puis il trouva in extremis une M1 prête à courir. Il en fit l’acquisition. Certains se rappelleront une photo parue dans Échappement où Marc tracte sa M1 avec une 635 CSI. Une fois au volant, le nouveau propriétaire de M1 se montra à son avantage. Hélas, il la détruisit dans une sortie de route peu avant le Mont-Dore. Il loua alors une 635 groupe A pour la classique estivale d’Auvergne. Après une période d’interruption, Marc Thilloy est revenu en compétition dans le cadre d’épreuves historiques.

Dosières-BMW-M-3 - 1989 - CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Dosières-BMW-M-3 – 1989 – CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Les voitures de course ressemblent aux athlètes humains. Après une carrière plus ou moins longue, des modèles plus jeunes, plus musclés, mieux préparé les poussent vers la retraite sportive. La BMW 635 groupe A n’échappa pas à la règle. Après s’être montrée invincible en 1984, 1985 et 1986, elle vit surgir une petite sœur encore plus tonique, encore mieux campée sur ses appuis, encore plus efficace, la M3. Francis Dosières et la M3 rgagneraient le groupe A au Mont-Dore quatre fois de suite (1987, 1988, 1989,1990). Francis et ses BM remporteraient encore d’autres victoires sur les pentes auvergnates.

Pernot-BMW-M-3 - 2002- CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

Pernot-BMW-M-3 – 2002- CC-Mont-Dore- Photo-Thierry-Le-Bras

La M3 connaîtra une longévité exceptionnelle. Preuve par l’image avec celle d’Éric Pernot en 1983. En 2002, soit quinze ans après son apparition en compétition, elle s’imposait encore dans le groupe FA au Mont-Dore !

A suivre…

QUELQUES LIENS

DESIGNMOTEUR présente un projet Renault né en 1977 qui verra de nombreux exemplaires se mettre en évidence au Mont-Dore http://www.designmoteur.com/2016/06/renault-5-turbo/

La course de côte compte aujourd’hui des espoirs brillants et attachants, notamment Kevin Petit http://bit.ly/2hGVcfM

Angoisse au bord de piste du Col de la Croix Saint-Robert (Nouvelle avec David, premier rôle dans LE PACTE DU TRICHEUR) http://0z.fr/U10ZB

Course de côte du Mont-Dore, des souvenirs 1 – http://bit.ly/1jWgN0t – 2 http://bit.ly/1nizlf3

Un polar automobile en Auvergne (avec passage par la Vallée de Chaudefour, le Col de la Croix Saint-Robert, la commune du Mont-Dore, le Lac Sancy… http://0z.fr/T-25G

Thierry Le Bras

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