Vous êtes ici : CIRCUITMORTEL » Chronique » 5 voitures dans la ville

5 voitures dans la ville

En 2017, Saint-Malo accueille la première étape du Tour Auto. L’occasion de recréer une ambiance vintage avec des voitures d’avant dans la Cité corsaire !

Cette note n’ambitionne pas de retracer l’histoire automobile de la Côte d’Émeraude. Elle invite simplement à laisser l’imagination du lecteur vagabonder au gré de ses souvenirs de voitures des années 60 et 70. Si ce concept vous plait, chers amis lecteurs, d’autres chroniques le poursuivront avec d’autres modèles et pourquoi pas d’autres régions. Ceux qui aimeraient proposer une balade automobile dans leur ville seront d’ailleurs les bienvenus.

Citroën-Ami-6 - 2014 - Saint-Malo - Photo-Thierry-Le-Bras

Citroën-Ami-6 – 2014 – Saint-Malo – Photo-Thierry-Le-Bras

Voici les cinq premières voitures choisies. Des modèles d’avant photographiés à l’époque contemporaine, parfois au hasard d’une rue, d’un parking, d’autres à l’occasion de manifestations. Des automobiles différentes, certaines populaires, et des berlines plus haut de gamme. D’authentiques sportives viendront plus tard. Un tout petit échantillon de la production automobile des décennies évoquées.

Les voitures populaires

L’Ami 6 est la première Citroën bretonne. Elle apparaît en 1961. Le montage et la fabrication de sa carrosserie sont assurés dans la nouvelle usine de Rennes-la-Janais. J’ai souvent entendu lorsque j’étais gamin qu’une implantation à Dol de Bretagne avait été également envisagée mais que Rennes l’avait emporté. Le réseau ferroviaire et routier plaidait en faveur de la capitale bretonne, tout comme la tendance à privilégier l’industrie à proximité d’une grande ville et le tourisme près de la Côte d’Émeraude et de la Baie du Mont Saint-Michel. J’avoue franchement ignorer si Dol fut réellement candidate à l’accueil de Citroën. J’étais très jeune à cette époque. Je lisais encore Tintin et le Club des cinq, pas les magazines économiques. A chaque âge ses préoccupations. En tout état de cause, l’Ami 6 a perpétué l’originalité Citroën et conquis la clientèle bien au-delà de la Bretagne. Elle se positionnait au-dessus de la 2cv et sous la DS dans la gamme du constructeur aux chevrons. Sa lunette arrière inversée préfigure celle de la Ford Anglia rappelée aux jeunes générations par Harry Potter. Avec un moteur de 600 cm3 développant 35 cv, elle affichait des performances modestes. Plus une 2cv améliorée qu’une petite DS. Mais une voiture offrant un excellent rapport prix / confort / sérieux.

Fiat-500 - 2014 - Saint-Malo - Photo-Thierry-Le-Bras

Fiat-500 – 2014 – Saint-Malo – Photo-Thierry-Le-Bras

Qui a dit pot de yaourt ? Mieux vaut qualifier la Fiat 500 de phénomène de société. Sans oublier qu’Abarth et Steyr Puch développèrent des versions fort compétitives ! Bon, d’accord, l’image de la 500 s’associe davantage au second véhicule de la famille, celui avec lequel madame amène les enfants à l’école, fait les courses, va voir ses copines. Vision machiste ? Nullement. N’oublions que dans la société des sixties, beaucoup de femmes ne travaillaient pas. La voiture était un luxe, au moins la deuxième voiture et cette toute petite auto représentait un cadeau qui facilitait la vie de sa propriétaire.

Fiat-500 - 2014 - 2 - Saint-Malo - Photo-Thierry-Le-Bras

Fiat-500 – 2014 – 2 – Saint-Malo – Photo-Thierry-Le-Bras

J’entends déjà ceux qui ricanent et rigolent à la perspective des enfants dans la Fiat 500 avec leur mère. Non, ils ne seront pas tassés comme dans une boite de sardines. Il s’agit de petits qui vont à la maternelle, en primaire, à la rigueur en sixième. Plus tard, les gaillards qui pratiquaient la musculation, le judo ou le rugby seraient entrés plus difficilement dans une Fiat 500. Mais ils n’avaient plus besoin de maman pour se déplacer. Ils préféraient la mobylette. La 500 a tellement marqué les esprits qu’elle est revenue. Plus grande, plus forte, dans différentes versions, toujours aussi irrésistible.

VW-Coccinelle - 2016 - Saint-Malo - Photo-Thierry-Le-Bras

VW-Coccinelle – 2016 – Saint-Malo – Photo-Thierry-Le-Bras

Elle a fait son cinéma en compétition à Monte-Carlo et à Mexico. J’ai consacré une chronique aux Coccinelles à la conquête de performances en 2013 (cf http://bit.ly/11lzIbT  ).

La Coccinelle a gagné en popularité au fil des décennies. Au cours des années 60 et 70, elle offrait un bon rapport qualité / prix supposé compenser une ligne désuète avant la mode néo-rétro. Les premières versions commercialisées étaient équipées d’un moteur de 1131 cm3 développant 25 cv. La voiture se révélait sensible au vent latéral, excessivement survireuse, difficile à arrêter avec ses freins hydrauliques trop durs, floue à cause d’une direction imprécise, peu confortable et tressautante en raison d’une suspension imparfaite. « Moins agréable à conduire qu’une Renault 4cv », rapportera un essayeur de L’Auto-journal dans le hors-série 40 ans de passion automobile 1950 – 1990 publié en 1990.

VW-Coccinelle - 2015 - 2 - Saint-Malo - Photo-Thierry-Le-Bras

VW-Coccinelle – 2015 – 2 – Saint-Malo – Photo-Thierry-Le-Bras

Comment expliquer le succès incroyable d’une Cox affligée de tant de défauts ? Sans doute parce que le modèle du début des années 50 n’était finalement qu’un brouillon de ceux qui se firent de plus en plus nombreux sur les routes du monde entier. La 4cv par exemple laissa place à la R4, puis à la R5. La Coccinelle évolua. Elle garda la même silhouette, mais son moteur gagna en puissance, ses qualités routières s’améliorèrent, sa boite de vitesses et son confort se civilisèrent. Sa ligne rétro devint un argument de séduction. Ma prof d’anglais au temps où j’étais en première roulait en Coccinelle et pas en Mini… Je le lui avais fait remarquer. Elle m’avait répondu qu’elle adorait sa voiture et qu’elle ne la revendrait jamais. De fait, une bonne vingtaine d’années plus tard, je l’ai vue dans un reportage télévisé consacré à un rassemblement de propriétaires de Coccinelle ! Interviewée, elle raconta qu’elle la possédait depuis très longtemps, roulait tous les jours avec et n’envisageait absolument pas de la changer. La Cox paraissait sortir de chez le concessionnaire. Elle l’entretenait sûrement avec soin. Et la VW confirmait sa réputation de robustesse.

VW-Coccinelle - 2016 - 3 - Saint-Malo - Photo-Thierry-Le-Bras

VW-Coccinelle – 2016 – 3 – Saint-Malo – Photo-Thierry-Le-Bras

Je n’ai conduit qu’une fois une Coccinelle. C’était en 1977, au temps des classes au service militaire. Un copain de chambrée m’a laissé essayer la sienne. Il s’agissait d’un modèle récent équipé d’un moteur de 1300 cm3. Une 1303, me semble-t-il. La couleur bleu métallisé lui allait bien. La finition était correcte et lorsque la voiture roulait, même un peu vite, aucun son parasite ne venait perturber l’acoustique. Je précise ne pas considérer le ronronnement pétaradant, conséquence du refroidissement à air caractéristique de la Coccinelle, comme un désagrément. Il fait partie de la personnalité du modèle. Autrement dit, pas l’impression de rouler dans un tas de ferraille ni un amalgame de plastiques camelotes. J’ai trouvé la Cox plutôt agréable mais assez poussive. D’un autre côté, mon appréciation sur le dernier point mérite d’être relativisée. A cette époque, je roulais au quotidien dans une Opel Ascona 19 SR. Je courais en Golf GTI. Les autres voitures que je conduisais le plus régulièrement étaient la BMW 320 de mon père et la VW Scirocco TS de ma mère. J’avais eu l’occasion d’essayer les mois précédents un coupé Toyota Corolla, une R17 TS et une Alfa Romeo Giulia 1600. La Coccinelle état tout de même plus rapide que deux  autres autos que j’avais parfois conduites en ville ou sur de courts trajets, la Peugeot 104 d’un pote et la R5 d’une copine.

Deux berlines de caractère

Commençons par la Peugeot 404. Avec ses ailes arrière en forme d’ailerons, Pininfarina lui a incontestablement donné un look un peu américain. Une bonne idée car la 404 joue tout de même dans le haut de gamme.

Peugeot-404-Caravane-Eriba - 2015 - Saint-Malo - Photo-Thierry-Le-Bras

Peugeot-404-Caravane-Eriba – 2015 – Saint-Malo – Photo-Thierry-Le-Bras

Elle connaîtra une carrière exceptionnelle. Sa production, commencée en 1960, ne s’arrêtera qu’en 1975. Certes, sa sœur cadette, la 504, viendra la concurrencer à partir de 1968. Fiable, luxueuse et performante dans ses versions les plus évoluées, flatteuse, la 404 accompagnera les grands rouleurs dans leurs périples professionnels aussi bien que les familles sur la route des vacances. Sans oublier ceux qui tractent une voiture de course ou un bateau car la Peugeot ne rechigne pas à la tâche, même quand un intérieur en cuir, une peinture métallisée et une alimentation par injection la font monter en gamme. Une excellente voiture qui participa loyalement à la vie quotidienne des Français.

BMW - 02 - Touring - 2014 - Saint-Malo - Photo-Thierry-Le-Bras

BMW – 02 – Touring – 2014 – Saint-Malo – Photo-Thierry-Le-Bras

Comment ne pas évoquer dans ce paragraphe une de mes marques préférées, BMW ? Une BMW 2002 Touring fut récemment restaurée dans le cadre de l’émission Vintage mécanique sur RMC Découverte. Mon premier coup de cœur pour BMW remonte à l’année de mes dix ans. A la suite d’une erreur d’interprétation d’un message publicitaire, j’avais cru que la Neue Klasse coûtait à peine plus cher qu’une Renault 8. J’ai raconté cette anecdote IICI http://bit.ly/1anbRR9

Avec les versions Touring, BMW déclina au début des années 70 sa série 02 en mode break, ou plutôt break de chasse, voire coupé-break. La voiture restait une deux portes particulièrement élégante. Si le volume habitable augmentait, la Touring ne ressemblait guère à un véhicule utilitaire ou familial. Juste une voiture plus pratique qu’un coupé ou une petite berline quand il s’agissait de ranger la mallette d’appareils photo avec leurs objectifs, les raquettes de tennis, le sac de sport ou les voiles du 420. Elle contribua à prouver qu’élégance et préoccupations pratiques ne s’avéraient pas forcément incompatibles.

BMW - 02 - Touring - 2014 - 2 - Saint-Malo - Photo-Thierry-Le-Bras

BMW – 02 – Touring – 2014 – 2 – Saint-Malo – Photo-Thierry-Le-Bras

Selon sa motorisation (du 1600 cm3 au 2 litres à injection développant 130 cv), la BMW Touring luttait contre les Alfa Romeo Giulia, 1750, 2000, Alfetta, voire Coupé GTV Bertone. Une auto pas très grande mais musclée et performante. Un gros moteur sur une petite caisse, un concept qui offre forcément du plaisir au conducteur. Une recette alléchante avant les limitations de vitesse généralisées et la première crise pétrolière. La gamme de couleurs allait de teintes audacieuses telles l’orange, le jaune, à des classiques (Bordeaux, bleu métal, vert métal…) sans oublier les tons neutres qu’une grande dame siglée BMW peut s’offrir en restant attirante, par exemple le blanc et le gris métal. Une jolie voiture, vraiment et, surtout avec le moteur 2000 Tii, une de ces autos qu’il fallait laisser passer quand elle apparaissait dans le rétroviseur. A moins bien sûr de posséder une autre BMW, une Alfa Romeo, une Porsche ou une Citroën SM… Mais ça, c’était avant, avant les radars et les contrôles partout, avant le règne de l’autophobie hystérique.

QUELQUES LIENS

DESIGNMOTEUR présente le concept-car qui rend hommage à la 2002 Turbo http://www.designmoteur.com/2016/05/bmw-2002-hommage-villa-este/

Auto-école sauvage à Saint-Malo au temps des sixties http://bit.ly/1Q5ghzu

Pininfarina, dessinateur entre autres de la Peugeot 404 http://bit.ly/1O6xr0m

BMW 2002 Turbo, l’originale http://bit.ly/1RmXxGI

Tintin, le magazine des jeunes de 7 à 77 ans, s’intéressait beaucoup à l’automobile http://bit.ly/2bYa2io

Thierry Le Bras

Comments are closed.