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Cinq voitures qui ont animé les courses de côtes

Quelques modèles devenus vintage aujourd’hui, des bolides attachants, en parfaite adéquation avec leur époque, ces autos sont devenues vintage après avoir remporté des victoires et réjoui pilotes et spectateurs.

Les lecteurs de ce blog connaissent mon attachement à la course de côte. J’ai toujours aimé cette discipline de sprint, où il faut aller très vite dès le premier mètre de course et éviter toute erreur car elle ne se rattrape pas. Cet amour inconditionnel revêt des aspects subjectifs. Les premières épreuves que j’ai suivies du bord de la piste avec mes appareils photographiques étaient des courses de côtes. Quand je pilotais, j’ai surtout roulé en côte. Aujourd’hui encore, je suis le Championnat de France de la montagne de près. La côte présente l’avantage de permettre à des gentlemen drivers qui exercent une profession étrangère à l’automobile de se mettre en valeur avec des budgets moins importants que le circuit et le rallye.

Philippe - Fonteneau - Alfa-Romeo-2000-GTV - 1976 - CC-Bais-Montaigu - photo-Thierry-Le-Bras

Philippe – Fonteneau – Alfa-Romeo-2000-GTV – 1976 – CC-Bais-Montaigu – photo-Thierry-Le-Bras

Nombreux sont les modèles qui méritent l’attention. J’en ai choisi cinq aujourd’hui. Des modèles qui ont marqué la compétition automobile au cours des années 70 et du tout début des années 80. Votre voiture favorite ne figure pas dans cette chronique ? Ne vous inquiétez pas et montrez-vous patients. Je reviendrai sur d’autres machines de la même époque et aussi d’autres périodes. En attendant, flash-back au cœur des seventies. Des années encore tourbillonnantes. Sylvie Vartan est au sommet de sa gloire. Elle chante entre autres « Qu’est-ce qui fait pleurer les blondes, en tout cas ce n’est pas toi... ». Michel Sardou regrette la trahison du France par la France qui l’a « ‘laissé tomber ». Johnny déclare à Gabrielle « tu brûles mon esprit, ton amour étrangle ma vie… » Et il réagit. « J’ai refusé, mourir d’amour enchaîné… »

Pendant ce temps au Mont-Dore, à Saint-Germain-sur-Ille, à Saint-Gouëno et dans toutes les régions de France, des échappements livres rugissent toute la musique que nous aimons, celle qui vient de la rage de vaincre très Rock’n roll de pilotes déchaînés qui jouent tels des virtuoses de l’accélérateur, du frein et du volant.

L’Alfa Romeo 2000 GTV groupe 1

Oui, j’en parle souvent, je sais…. Alfa Romeo, une marque flamboyante, des voitures qui chantaient la performance et foudroyaient les cœurs. « Lorsque je vois une Alfa Romeo, j’ôte mon chapeau. », déclara Henry Ford.

Alfa-Romeo-2000-GTV - 1975 - CC- Saint-Germain-sur-Ille - photo - Thierry-Le-Bras

Alfa-Romeo-2000-GTV – 1975 – CC- Saint-Germain-sur-Ille – photo – Thierry-Le-Bras

Le coupé Bertone s’associe dans mon esprit à la perfection automobile. Une authentique sportive à un prix abordable (tout au moins par rapport à une GT), une auto avec deux places de secours derrière si nécessaire, sportive offrant généreusement un plaisir immense à celui qui sait la prendre en main. Une machine idéale pour un pilote amateur rapide. Beaucoup de gentlemen drivers se laissèrent séduire par le coupé italien au cours des saisons 1973 à 1977. Avant l’arrivée de la Ford Escort 2000 RS et de sa fiche d’homologation à rallonges, elle fut certainement la voiture qui gagna le plus souvent la catégorie des 1601 – 2000 cm3 à cette époque, au moins dans l’Ouest de la France. Si je suis amoureux du coupé Alfa 2000 GTV Bertone ? Affirmatif. S’il existe une autre voiture comparable ? Oui, quelques années plus tard, la BMW M3 première génération. Une photo partagée récemment sur Facebook m’a confirmé dans l’idée que je ne suis pas le seul frappé en plein cœur pas ces deux modèles.

L’Opel Commodore GSE groupe 1

J’ai eu l’occasion d’essayer une Commodore GSE de série avec mon père en 1976. Le garage Opel nous l’avait prêtée pour l’après-midi et nous en avons profité. Je peux l’avouer maintenant car il y a prescription, nous nous sommes bien amusés en prenant le volant chacun à notre tour sur les petites routes côtières entre Rothéneuf et Cancale, sans parler des virages du Barrage de la Rance et des routes de campagne du côté de Pleurtuit. La Commodore GSE de série développait tout de même 160 chevaux. Elle glissait facilement mais son comportement très sain mettait son pilote en confiance. Une base idéale pour la transformer en voiture de course, ce que firent de nombreux pilotes.

Jacky-Ravenel - Opel-Commodore-GSE - 1974 - CC-Saint-Germain-sur-Ille - Photo-Thierry-Le-Bras

Jacky-Ravenel – Opel-Commodore-GSE – 1974 – CC-Saint-Germain-sur-Ille – Photo-Thierry-Le-Bras

J’ai surtout vu ceux qui couraient en priorité dans l’Ouest de la France, comme moi. Parmi eux figuraient justement quelques pointures, à commencer par Jacky Ravenel qui fut incontestablement l’homme fort du Groupe 1 toutes classes de cylindrées confondues. Jacky possédait l’ensemble des qualités qui font un vainqueur de groupe : talent, sens de l’attaque, préparation minutieuse du matériel et reconnaissances très précises. Je me souviens très bien de lui en 1977. Bien qu’il connût tous les tracés pour y avoir déjà couru, il faisait partie des plus rageurs qui se levaient à 6 heures du matin le dimanche afin de peaufiner son ultime préparation au volant de la voiture de course avant la fermeture de la route. Un vrai limeur de bitume.

Parmi les autres pilotes de Commodore GSE avec qui il fallait compter figuraient Giovanni Rossi, son beau-frère Francis Feuillé, Fabrice Malherbe, Duval, Jacques Gil, JP Theuil, Jean-Michel Labonne Brisson, Jacqueline Dantec, Poutot, Gomme…

Jacky-Ravenel - Opel-Commodore-GSE - 1977 - CC-Pluméliau - Photo-Thierry-Le-Bras

Jacky-Ravenel – Opel-Commodore-GSE – 1977 – CC-Pluméliau – Photo-Thierry-Le-Bras

La Commodore GSE était belle à voir passer. Elle virait moins à plat que les voitures des générations suivantes, elle glissait, il fallait la balancer énergiquement, mais justement c’était sympa pour le pilote comme pour le spectateur.

La saison 1977 annonça la fin de la suprématie des Commodore GSE en groupe 1. Au Mont-Dore, Jacky Ravenel dut vraiment s’arracher pour venir à bout de la Ford Escort 2000 RS officielle de Stenger que de nouvelles homologations rendaient féroce. Les saisons suivantes verraient les Escort prendre le pouvoir en côte. En rallye, la passation de pouvoir s’était déjà faite au profit de la petite sœur cadette, dite Kadett GTE. D’ailleurs au Tour de France Auto cette année-là, Jean-Louis Clarr remporta le groupe 1 devant Jean-Louis Ravenel (le frère de Jacky) sur Commodore GSE.

La Triumph Dolomite Sprint groupe 1

Ceux qui suivent Top Gear l’auront vue opposée à la BMW 320 des années 70. Sur circuit, elle tirait son épingle du jeu. Mais au plan commercial, elle resta loin du volume de ventes de sa rivale allemande. Une fiche d’homologation bien fournie allait transformer l’Anglaise en bête de course.

Didier-Calmels - Triumph-Dolomite - 1976 - CC-Bais-Montaigu - photo-Thierry-Le-Bras

Didier-Calmels – Triumph-Dolomite – 1976 – CC-Bais-Montaigu – photo-Thierry-Le-Bras

Nous sommes en 1976. Soudain, le potentiel terrifiant pour ses rivales d’une Triumph équipée d’un moteur de 1998 cm3 avec une culasse 16 soupapes apparaît à quelques pilotes français. La fiche d’homologation lui permet d’atteindre 180 cv. Sur le papier, elle est imbattable. René Metge et Jean-Louis Lafosse piloteront des exemplaires développés par Broadspeed dans le nouveau Championnat de France production. Didier Calmels est connu par les plus jeunes fans d’automobile en qualité d’associé de Philippe Sinault au sein de l’Équipe Signature. Au milieu des années 70, il s’est fait remarquer au volant d’une Alpine groupe 4. Avec sa Triumph, il mènera un programme mixte comportant des épreuves du Championnat circuit et quelques courses de côtes comme celle de Bais Montaigu où je l’ai photographié. Les Triumph Dolomite Sprint remporteront d’excellents résultats en circuit, mais peu de pilotes amateurs se laisseront séduire, sas doute à cause de son coût de préparation et de maintenance. A Bais Montaigu, Didier Calmels terminera second du groupe 1 derrière l’Opel Commodore GSE du roi Jacky Ravenel à qui il concède 1,5 seconde sur les 4,2 km du parcours. Il devancera  une autre Commodore très bien amenée, celle de Giovanni Rossi, et collera une seconde au kilomètre au second des 2 litres du groupe 1, Christian Galopin, une sacrée pointure. Autant l’avouer, la Dolomite n’était pas très appréciée des autres pilotes. Dans Échappement du mois de juillet 1976, Joël Laplacette écrira qu’ils la surnomment « ‘le proto Triumph ».

Patrick-Bourdais- Triumph-Dolomite-groupe-2 - 1981 - CC-Saint-Germain-sur-ille - photo-Thierry-Le-Bras

Patrick-Bourdais- Triumph-Dolomite-groupe-2 – 1981 – CC-Saint-Germain-sur-ille – photo-Thierry-Le-Bras

Une autre Dolomite apparaîtra cinq ans plus tard dans les épreuves de l’Ouest. Elle était engagée en groupe 2 et pilotée par Patrick Boudais, le papa de Sébastien.

La Fiat X 1/9

Le petit coupé italien dessiné par Bertone disposait d’une architecture intéressante pour la compétition. La position centrale de son moteur contribuait à un équilibre des masses propice à un comportement sain. Les Porsche 914/6 ont démontré un potentiel remarquable dès leurs premières apparitions au Mans et au Nürburgring en 1970. La petite Fiat adoptait un look futuriste de bon aloi pour une voiture de course. Une petite sœur de la Lancia Stratos ?

Jouannic - Fiat-X-1-9 - 1975 - CC- Saint-Germain-sur-Ille - photo - Thierry-Le-Bras

Jouannic – Fiat-X-1-9 – 1975 – CC- Saint-Germain-sur-Ille – photo – Thierry-Le-Bras

Plus ou moins… Car la voiture ne fut jamais équipée en série d’un moteur assez puissant pour lui permettre de viser des victoires de groupe. Une X 1/9 2 litres fut bien développée et confiée en certaines occasions à Bernard Darniche, mais n’étant homologuée que dans la catégorie prototypes, elle ne pouvait prendre part aux championnats internationaux. Fiat déciderait finalement de défendre ses couleurs en course avec la 131 Abarth dont le look s’apparentait à un de ses modèles de grande série les plus porteurs.

Daniel-Ricard - Fiat-X-1-9 - 1980 - CC -Saint-Gouëno - - Photo-Thierry-Le-Bras

Daniel-Ricard – Fiat-X-1-9 – 1980 – CC -Saint-Gouëno – – Photo-Thierry-Le-Bras

De nombreuses X 1/9 apparurent cependant en course de côte, d’abord en groupe 3. Sans rivale dans sa catégorie une fois l’homologation de la Simca 1200 S devenue caduque, la Fiat à moteur central remporta des coupes. Des préparateurs développèrent des modèles beaucoup plus méchants en groupe 4 et en groupe 5, tant avec des moteurs 1300 que 1600 cm3. Parmi eux, l’homme de l’Ouest Louis Sinsoulier et l’Ardéchois Jean-Louis Gounon. La X 1/9 démontra entre leurs mains un potentiel qui fait regretter que des choix marketing l’aient sacrifiée au plus haut niveau. Mais elle fit en tout cas le bonheur d’amateurs comme Jean-Marc Jouannic, Daniel Ricard, Daniel Trameson et quelques autres.

La Porsche Carrera RS

Restons dans les GT avec cette fois une des impératrices de la course. Car cette voiture est un maillon fort d’une lignée dont les origines remontent à 1973, une haute lignée qui se poursuit encore aujourd’hui et qui continue à en découdre sur circuit, en côte, en rallye.

Raymond-Touroul - Porsche-Carrera-RS - 1973 - CC-Saint-Germain-sur-Ille - Photo -Thierry-Le-Bras

Raymond-Touroul – Porsche-Carrera-RS – 1973 – CC-Saint-Germain-sur-Ille – Photo -Thierry-Le-Bras

1973 : la Carrera RS 2.7 est homologuée en groupe 3. Elle développe 210 cv de série et – avec les rapports de boite d’origine – atteint les 240 km/h. Je la verrai pour la première fois en action à la course de côte de Saint-Gouëno, fin août 1973. Deux modèles sont engagés, un par le redoutable Raymond Touroul, spécialiste des Porsche, pilote spectaculaire, éclectique et rapide sur tous les terrains. Il a gagné la catégorie GT au Mans en 1971. Je l’ai déjà vu piloter à la Course de côte de Saint-Germain – sur – Ille avec des 911, 904, 910. Une autre Carrera RS roule aux mains de Jean-Yves Gadal. C’est la voiture de Claude Pigeon, prêtée à Jean-Yves pour qu’il se la mette en main avant le Grand National Tour Auto que les deux Bretons disputeront ensemble… et remporteront. A Saint-Gouëno, Raymond Touroul gagnera la catégorie GT. Jean-Yves Gadal a sans doute gardé une marge de sécurité avec la nouvelle Porsche qu’il découvrait. En tout cas, les Porsche Carrera RS 2.7 annoncent qu’elles ne seront pas seulement spectaculaires, mais aussi diablement efficaces !

Porsche-Carrera- 1976 - CC-Saumur- Photo-Thierry-Le-Bras

Porsche-Carrera- 1976 – CC-Saumur- Photo-Thierry-Le-Bras

Au fil des saisons, la Carrera RS gagnera de la cylindrée et des chevaux. LA Bête de course !!! En outre, elle se révèle spectaculaire. J’ai toujours apprécié son aisance à lever la roue avant intérieure lorsque son pilote remet les chevaux.

QUELQUES LIENS

Kevin Petit, espoir de la course de côte contemporaine http://bit.ly/2hGVcfM

DESIGNMOTEUR présente une autre reine de la course, la Berlinette Alpine http://www.designmoteur.com/2016/02/alpine-a110-heritage/

Pilote Alfa Romeo le temps d’un rêve http://bit.ly/1nGocrQ

Jour de gloire pour Ronnie à Saint-Germain – sur – Ille http://0z.fr/DwoeM

La première fan du pilote http://bit.ly/1pNE7oX

Thierry Le Bras

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