Vous êtes ici : CIRCUITMORTEL » Chronique » 24 Heures du Mans 1976 : quelques souvenirs photographiques

24 Heures du Mans 1976 : quelques souvenirs photographiques

L’été sera beau, l’été sera chaud… La canicule est arrivée et au Mans, ça va déménager à tous les étages.

Nous sommes à la fin de la belle époque de l’automobile. Certes, la première crise du pétrole a frappé avec des aggravations des limitations de vitesse et la hausse de l’essence induisant la diésélisation du parc automobile. Mais les constructeurs automobiles osent encore des modèles audacieux. Fraichement homologuée dans les groupes 1, 2 et 4, l’Opel Kadett GTE commence une carrière brillante. La R5 Alpine et la Simca 1000 Rallye enchantent les jeunes amateurs de voitures sportives. La VW Golf GTI MKI arrive ! Le groupe Hommell vient de lancer un habdomadaire consacré à la compétition. Il s’appelle AUTOhebdo ! La publication poursuit encore sa brillante carrière ; le N° 2067 est sorti juste avant Le Mans 2016. Les couses de côtes prospèrent encore, y compris dans l’Ouest. Dans quelques semaines, le Rallycross arrivera en France dans un petit village breton qui résistera toujours à l’envahisseur autophobe. Ce petit village résistant s’appelle Lohéac. Quarante ans plus tard, le Rallyscross fait partie des disciplines qui cimptent et Lohéac fait partie des temples où un public toujours plus nombreux l’’honore et le célèbre. Sans inquiétude ni débordements  car l’amour du sport automobile et la croyance en ses apports ne nuit pas. Pas de hooligans, jamais de tueries en son nom.

Mirage-GR8-BMW-3.5-CSL - 1976 - Le-Mans- Photo-Thierry-Le-Bras

Mirage-GR8-BMW-3.5-CSL – 1976 – Le-Mans- Photo-Thierry-Le-Bras

Les radios diffusent les tubes du moment. Michel Sardou interprète magistralement Je vais t’aimer. Johnny Hallyday chante deux de ses meilleurs titres, Requiem pour un fou et Gabrielle. La superbe et envoutante  Sylvie Vartan s’interroge sur Qu’est-ce qui fait pleurer les blondes. Des variétés en adéquation avec l’époque, des rythmes entraînants des arrangements qui vont à la conquête d’un public qui considère que « Le bon temps, c’est quand, quand on est vivant seulement ». Une population qui qui a envie de « ne pas oublier de vivre »

1976, une saison romanesque en F1. Un duel plein de suspense et d’intensité dramatique où James Hunt (McLaren) l’emportera finalement sur Niki Lauda (Ferrari). Un combat d’une telle intensité qu’il inspirera plus de trois décennies plus tard le film Rush au réalisateur Ron Howard.

1976, mes premières 24 Heures du Mans au bord de la piste. Pas un événement à l’échelle de l’histoire du sport automobile, mais l’occasion de réaliser des rouleaux de diapositives que les technologies modernes me permettent de partager aujourd’hui avec d’autres passionnés de sport automobile. Loin de moi l’idée de raconter intégralement la course. D’autres sites historiques l’ont très bien fait avec des archives bien plus complètes que les miennes. Je vais plutôt tenter de vous faire revivre les temps forts qui m’ont provoqué des émotions lors de cette édition.

Deux frangins sur la piste

Didier Pironi et José Dolhem étaient demi-frères. Ils avaient le même père et leurs mères étaient sœurs. Ils furent élevés ensemble et ils entretinrent une relation très proche.

Jabouille-Tambay-Dolhem - Renault-Alpine-A-442 - 1976 - Le-Mans - Photo-Thierry-Le-Bras

Jabouille-Tambay-Dolhem – Renault-Alpine-A-442 – 1976 – Le-Mans – Photo-Thierry-Le-Bras

« Pour Didier, José, c’était le grand frère, mais aussi le père spirituel, commentera Pierre Harnois, qui travailla avec eux au sein de la société Leader. De six ans plus âgé, il l’avait initié à l’avion, à l’hélico, il lui avait donné le goût de la compétition automobile, la passion de l’aventure. L’un et l’autre, c’était pareil, les deux moitiés d’un même homme. »

« Nous aimons tout ce qui va vite avec un moteur », affirmera José Dolhem. Une phrase qui explique leurs carrières éclectiques, leur goût pour les motos, l’hélico, l’avion, le off-shore au moment où Didier se trouvera provisoirement dans l’incapacité de piloter en F1 après l’accident d’Hockenheim.

Au Mans 1976, les deux frangins se retrouvent sur la même piste, mais hélas pas dans la même voiture. L’aîné, José, pilote une Alpine A 442 et fait équipe avec Jabouille et Tambay. Alpine- Renault est venu au Mans avec une seule voiture, pour apprendre. L’équipage démontre d’entrée son potentiel en réalisant le meilleur temps des essais, mais en course, divers problèmes vont perturber la voiture qui abandonnera finalement à la huitième heure, piston crevé.

Pironi-Wollek- Beaumont - Porsche-934-T-Kremer - 1976 -Le-Mans - Photo-Thierry-Le-Bras

Pironi-Wollek- Beaumont – Porsche-934-T-Kremer – 1976 -Le-Mans – Photo-Thierry-Le-Bras

Le cadet, Didier, découvre l’épreuve mancelle. Il pilote une Porsche 934 Kremer sur laquelle il fait équipe avec Bob Wollek et Marie-Claude Beaumont. J’ai raconté cet épisode de la carrière de Didier dans la note précédente, ICI http://bit.ly/21qHK0D . Didier Pironi reviendra au Mans, Il y vengera l’honneur de sa famille et de la marque au losange en remportant l’édition 1978 sur Alpine-Renault avec Jean-Pierre Jaussaud.

De la fumée noire à l’horizon

Le samedi en fin d’après-midi, je suis dans la tribune Sommer en face des stands. Il fait vraiment très chaud. Je photographie la Datsun 240 Z qui repart après un arrêt ravitaillement. Un de ses pilotes est un Manceau habitué des épreuves de la région Ouest, Claude Buchet. André Haller, le propriétaire de la voiture, est au volant. C’est un restaurateur de la région alsacienne habitué des courses de côtes. Il a 52 ans. Un bon, un authentique passionné, un gars sûrement fou de joie de piloter sa GT sur le grand circuit du Mans. Pour les spectateurs, c’est agréable de voir quelques voitures originales comme la Datsun au milieu des différentes versions de Porsche qui constituent le plateau GT.

Buchet-Haller-Favresse - Datsun-240-Z - 1976 - Le-Mans - Photo-Thierry-Le-Bras

Buchet-Haller-Favresse – Datsun-240-Z – 1976 – Le-Mans – Photo-Thierry-Le-Bras

Soudain, une colonne de fumée noire s’élève à l’horizon, sûrement du côté des Hunaudières. Les commentaires se sont arrêtés. La course continue. A chaque fois que je suis sur une épreuve où un accident se produit, je ne peux pas m’empêcher de penser au livre que Bernard Clavel consacra aux 24 Heures du Mans en 1967, année où il suivit la course au sein de l’équipe Alpine Renault et plus précisément avec l’équipage Jean-Claude Andruet – Robert Bouharde. Lorsqu’un accident se produit, chaque équipe attend de savoir qui est impliqué. Et lorsque l’identité des pilotes accidentés tombe, la nouvelle soulage les uns, mais elle est terrible pour les autres. Bien sûr, personne n’est indifférent au malheur d’un pilote sur un circuit, mais dans les stands, les familles, les amis et l’équipe espèrent tout de même d’abord que leur proche, que leur pilote, a évité le drame. En 1976, lorsque les informations tomberont, la plupart des équipes sauront déjà que leur pilote est encore sur la piste car elles l’auront vu passer devant les stands. Et celle d’André Haller recevra la confirmation de ce qu’elle redoutait. Qu’un pilote soit professionnel ou amateur, dès qu’il entre en piste, il partage avec ses confrères  le danger inhérent à la course.  Le malheureux pilote a été gravement accidenté au volant de sa voiture dans la ligne droite des Hunaudières. Il a perdu la vie dans l’exercice de sa passion.

Les Porsche des hommes de l’Ouest à l’honneur

La victoire en groupe 4 semblait devoir revenir à une des surpuissantes 934 Turbo qui surclassaient en vitesse pure les vaillantes Carrera RSR à l’aise dans toutes les disciplines et sur tous tracés.

Segolen-Gadal-Ouviere - Porsche-RSR - 1976 - Le-Mans - Photo - TLB

Segolen-Gadal-Ouviere – Porsche-RSR – 1976 – Le-Mans – Photo – TLB

Oui, mais… Les 934 découvrent Le Mans. Les problèmes techniques se succèdent sur les machines qui passent toutes beauocup de temps aux stands. Pendant ce temps-là,  la « petite » Porsche à moteur atmosphérique des trois amateurs bretons Segolen – Ouvière – Gadal tourne comme une horloge. Au point de passer en tête de sa catégorie et de franchir la ligne d’arrivée en tête de sa catégorie et 12ème u scratch le dimanche après-midi J’ai raconté son épopée mancelle ICI http://bit.ly/1RxITRF

AC-Verney- H-Striebig- H-Kirschoffer - Porsche-934 - 1976 - Le-Mans - Photo-Thierry-Le-Bras

AC-Verney- H-Striebig- H-Kirschoffer – Porsche-934 – 1976 – Le-Mans – Photo-Thierry-Le-Bras

Juste devant elle au général, une Porsche 934 engagée en groupe 5 par Meznarie dont Anny-Charlotte Verney partage le volant avec Hubert Striebig et Helmut Kirschoffer. Anny-Charlotte aura souffert durant la course. Pas seulement de la chaleur comme l’ensemble des pilotes, mais aussi de vapeurs d’essence dans l’habitacle qui l’incommoderont suffisamment pour qu’elle renonce à effectuer le dernier relais, celui qui permet aux pilotes de connaître la joie du drapeau à damier.

Touroul-Cudini - Porsche-RSR - 1976 - Le-Mans - Photo-Thierry-Le-Bras

Touroul-Cudini – Porsche-RSR – 1976 – Le-Mans – Photo-Thierry-Le-Bras

Raymond Touroul était garagiste à Paris. Mais il courut tellement souvent en Bretagne et en Normandie que je l’ai toujours un peu considéré comme un homme de l’Ouest. Associé à Alain Cudini,  termine à une formidable 6ème place au général. Il se classe second du groupe 5 derrière la 935 Martini pilotée par Stommelen et Schurti.  Une très belle performance pour le grand Raymond qui est venu avec sa Porsche RSR atmosphérique qui a souvent roulé en côte et en rallye

Laplacette-Leroux-Bourdillat - Porsche-RSR - 1976 - Le-Mans - Photo-Thierry-Le-Bras

Laplacette-Leroux-Bourdillat – Porsche-RSR – 1976 – Le-Mans – Photo-Thierry-Le-Bras

Comme celle de Laplacette, Leroux et Bourdillat, eux aussi sur une Carrera atmosphérique. Ils franchiront la ligne d’arrivée 17èmes. Les habitués des courses de côtes à cette belle époque se souviendront que Joêl Laplacette était le speaker officiel de la plupart des courses de côtesde Bretagne et des Pays de Loire et également le rédacteur des reportages qu’Échappement leur consacrait.

Perrier-de-Saint-Pierre-Rénier - Porsche-3-l - 1976 - Le-Mans - Photo-Thierry-Le-Bras

Perrier-de-Saint-Pierre-Rénier – Porsche-3-l – 1976 – Le-Mans – Photo-Thierry-Le-Bras

Thierry Perrier, Guillaume de Saint-Pierre et Martine Rénier suivent en 18ème position. Le Normand Guillaume de Saint-Pierre est connu comme faisant partie des bons pilotes de Berlinettes Alpine des années 70. Mais il fut aussi l’auteur du scénario et des dialogues du feuilleton « Pilotes de course » diffusé pour la première fois sur Antenne 2 un an plus tôt, au début de l’été 1975. Le scénario  fut également un roman publié par les Éditions France Empire. Au Mans 1976, Guillaume de Saint-Pierre vivra des moments qui auraient pu lui inspirer de nouvelles aventures pour son héros, le pilote Alain Fory. Je crois d’ailleurs qu’il envisagea un tel projet mais que le contexte économique suivant la première crise du pétrole tua le projet dans l’œuf.  La Porsche qu’il partage avec ses équipiers est une petite « atmosphérique » qui n’a même pas les gros disques de freins des RSR. Résultat, elle casse des disques à un rythme accéléré et les pilotes doivent garder le pied gauche sur la pédale de frein dans les Hunaudières pour que les disques restent en température et ne souffrent pas trop au gros freinage précédant Mulsanne. On imagine aisément la perte en vitesse de pointe !

Des BMW à l’honneur

Le design est un art à part entière. A ce titre, son appréciation laisse place à une part de subjectivité. Les coupés BMW 30 CSL, impressionnants, agressifs, développés pour la performance, font partie des bolides qui m’ot toujours fasciné. Plusieurs 30 CSL et 35 CSL étaient présentes au Mans 1976. Je consacrerai bientôt une chronique spécifique au monstrueux modèle Turbo qui fait partie des Art Cars initiées par Hervé Poulain.

Quester-Krebs-Peltier - BMW-3.5-CSL - 1976 - Le-Mans - Photo-Thierry-Le-Bras

Quester-Krebs-Peltier – BMW-3.5-CSL – 1976 – Le-Mans – Photo-Thierry-Le-Bras

Les frères Ravenel associés à Detrin finissent derniers classés avec leur BMW 30 CSL. Pplusieurs problèmes mécaniques les ont retardés, mais ils remportent la catégorie Tourisme Spécial (gorupe 2) dont ils sont les seuls représentants. Les frères Ravenel sont des attaquants. En côte et en rallye, on reconnaît leur pilotage agressif. Au Mans, ils ont dû contenir leur fougue. Leur BMW n’appréciait pas du tout la chaleur. « Je lève au maximum, car si prends 7.000, la température monte à 110 degrés, annonçait Jacky après son premier relais. On va attendre la nuit pour tirer un peu plus … »

GROUPE 5

La superbe 3.5 CSL groupe 5 N° 43 engagée par BMW Motorsport pour l’équipage Quester – Krebs – Peltier était très rapide mais elle n’ira malheureusement pas au bout. A part en groupe 2, 1976 n’était pas une année BMW. La 3.5 CSL N° 43 (photo en début de note) abandonnera elle-aussi. Quant à la Mirage-Ford GR8 qui la double sur l’image, elle se classera 5ème.

Et aussi…

Une « batmobile » engagée par les frères Greenwood. Une Chevrolet Corvette qui porte le numéro 76. Sa décoration adresse un clin d’œil au bicentenaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis.

Darniche-Greenwood - Chevrolet-Corvette-Stingray - 1976 - Le-Mans - Photo-Thierry-Le-Bras

Darniche-Greenwood – Chevrolet-Corvette-Stingray – 1976 – Le-Mans – Photo-Thierry-Le-Bras

La machine engagée en catégorie IMSA est pilotée par un des meilleurs rallymen français, Bernard Darniche, associé à John Greenwood. Le moteur V8 de 7 litres de la Corvette développe 650 chevaux. Le monstre bodybuildé a été chronométré à 248 km/heure dans les Hunaudières. Très performante, la Corvette abandonnera dès 18 heures le samedi. Un pneu a éclaté et endommagé le réservoir d’essence.

Au classement général. Jacky Ickx et Gisj Van Lennep l’emporteront au volant d’une Porsche 936.

QUELQUES LIENS

Le Mans en direct grâce AU Livetweet de DESIGNMOTEUR http://www.p1dm.com/lm24/

DESIGNMOTEUR, c’est aussi une boutique pour passionnés d’automobile ! Une boutique qui va s’enrichir de nouveaux produits loisirs et culturels dans les prochains mois http://www.p1dm.com/store/

Souvenirs de pilotes en VW Golf GTI rapportés sur DESIGNMOTEUR http://www.designmoteur.com/2016/04/vw-golf-gti-annees-70/

1976 : première course de côte en Opel Ascona SR http://bit.ly/1QOBHk0

40 ans après l’arrivée du Rallycross, un polar(écrit par votre serviteur) vous pilote au bord de la piste de Lohéac http://bit.ly/1XEpx1J

Quand Ronnie rêvait de courir au Mans http://0z.fr/DwoeM

Thierry Le Bras

Comments are closed.