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Quand la F1 offre des sensations extrêmes

« Il n’y a rien, rien de mécanique, qui puisse donner des sensations comparables à la Formule 1, déclare Olivier Panis. Une F1, c’est incroyable. Tout est fabuleux. »

Univers-F1-Années-80 - Photo-Thierry-Le-Bras

Univers-F1-Années-80 – Photo-Thierry-Le-Bras

Pour illustrer les sensations des pilotes de F1, un petit docufiction inspiré de faits et anecdotes réels qui laisse la parole à deux personnages de l’univers de David Sarel, héros de fictions sur fond de course automobile.

Freddy Vivien (FV) fut un des pilotes de Formule 1 les plus brillants de sa génération (il est né en 1952 et remporta plusieurs titres de Champion du monde). Il est un des héros de CIRCUIT MORTEL A LOHÉAC. Freddy répond ici aux questions du journaliste Sébastien Ménier (SM), que les lecteurs de GARE A LA MAIN DU DIABLE et CHICANES ET DÉRAPAGES DE LORIENT AU MANS connaissent bien.

SM : Freddy, que ressent-on au volant d’une Formule 1 ?

FV : C’est dur à décrire. Piloter une F1, ça ne se raconte pas, ça se vit. Un champion de rallye a dit un jour que la seule chose qui pouvait donner autant de sensations que le pilotage d’une voiture de course, c’était l’orgasme. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne la F1.

SM : Qu’est-ce qui rend les sensations si fortes ?

FV : Une F1 se propulse de 0 à 200 en 5 secondes. Au début des années 80, nos voitures étaient équipées de jupes latérales coulissantes qui créaient un effet de sol. L’adhérence était fantastique, mais la voiture pompait et vibrait en permanence. La brutalité des réactions était absolument inouïe. Mais cela procurait aussi beaucoup de plaisir. J’ai piloté des F1 motorisées par Alfa Romeo, Ford-Cosworth, le constructeur japonais Yamamoto. Toutes m’ont procuré des moments de plaisir absolu.

Peloton-F1-Années-80 - Copyright-inconnu

Peloton-F1-Années-80 – Copyright-inconnu

SM : Le pilotage se révèle donc éprouvant ?

FV : Plus encore que tu ne le crois. Piloter une F1, c’est affreux au plan physique. Cela soumet ton corps à une vraie torture. Tu encaisses 4 à 5 G latéraux dans les courbes rapides. Dans un freinage violent au bout d’une longue ligne droite, la moitié du sang que contient ton corps descend dans les jambes. Le tout par une température de plus de cinquante degrés dans le cockpit.

SM : Dans quel état finis-tu la course ?

FV : Fatigué, surtout si il a fait chaud. Dans ces cas-là, tu as pu perdre trois ou quatre kilos. Tu les reprends très vite. En deux jours au maximum. La température du corps d’un pilote monte parfois jusqu’à 39,5° pendant une course. On a vu des gars au bord du malaise à l’arrivée. Avant les Grands Prix les plus caniculaires, notamment l’Argentine et le Brésil, nous nous préparions à supporter la chaleur en jouant au tennis en plein midi avec des combinaisons de pilotes. Autant te dire qu’on transpirait bien.

SM : Et le cœur ?

FV : Il est solide, sinon tu fais de la pétanque. Les pulsations cardiaques montent à 180 au moment du départ, dans certains dépassements et en cas de sortie de piste.

Séance-Musculation-et-équilibre - Source-123RF

Séance-Musculation-et-équilibre – Source-123RF

SM : Comment te préparais-tu physiquement ?

FV : En faisant de la musculation, du tennis, de la natation. Il fallait – et il faut toujours – s’imposer des séances de torture pour tenir la forme et dompter les fauves mécaniques pendant toute la durée d’un Grand-Prix. Mais en vérité, rien ne permet de préparer parfaitement ton corps aux contraintes spécifiques de la F1, à part l’enchaînement de tours au volant d’une F1. Au cours de ma première saison dans la discipline, j’ai pris 2 centimètres de tour de cou. Pourtant, je faisais déjà beaucoup de sport avant. Daniéla (NDLR : Daniéla Merle, la célèbre comédienne qui est l’épouse de Freddy) plaisantait en me disant qu’il fallait que j’achète des chemises neuves. Pendant l’hiver, j’avais même fait de la musculation et tourné en kart avec un casque sur lequel j’avais fait souder une altère. Ce n’était pas encore suffisant pour reproduire l’effort du cou dans une F1.

Didier-Pironi- Ferrari-126-C-V6-Turbo - 1981 - GP-d-Allemagne -Photo-Thierry-Le-Bras

Didier-Pironi- Ferrari-126-C-V6-Turbo – 1981 – GP-d-Allemagne -Photo-Thierry-Le-Bras

SM : Et les bras ?

FV : Soumis à rude épreuve eux-aussi. Mais c’était plus facile de travailler la musculation des bras que celle du cou. A l’époque où je courais, les monoplaces n’avaient pas de direction assistée. Il fallait tirer fort sur le volant. Si tu regardes des photos du début des années 80, tu remarqueras que des gars comme Didier Pironi, Keke Rosberg, Alan Jones, Jean-Pierre Jarier ou moi étions plutôt costauds. Au bout du bras, la main droite souffrait également. Nous changions encore les vitesses avec un levier. Il était précis mais très dur. Sur les circuits les plus sinueux, tu changeais de vitesse plusieurs centaines de fois pendant la course. A l’arrivée, la paume de ta main droite était en sang. Pas question de faire du tennis les jours suivants.

Entraînement-équilibre-boxe-thaï - copyright-inconnu

Entraînement-équilibre-boxe-thaï – copyright-inconnu

SM : Des trucs personnels que tu ne divulguais pas quand tu courais ?

FV : Oui, un entraînement particulier à l’équilibre et à l’explosivité. Un conditionnement dans le but de profiter des occasions fugaces de doubler, de balancer l’auto dans un tout petit trou, de bondir dans l’aspiration, même si tu es au bord de l’épuisement. L’opportunité dure le temps d’un éclair. Le réflexe est stimulé, le corps doit suivre au moment où il va y avoir combat sur la piste. J’étais particulièrement attentif à cette coordination. Afin de l’optimiser, je simulais des combats de boxe thaï avec deux copains, l’un, Pierrick, ex officier dans les commandos, et l’autre, Ronnie, passionné de lutte et de sports de combat en général. Une auto de course te secoue comme un sparring-partner, disait toujours Ronnie, par ailleurs gentleman driver de très bon niveau et grand attaquant au volant. Alors, un entrainement avec des séquences calquées sur celles des sports de combat les plus durs s’impose.

Duel-en-F1-Années-80-Photo-Thierry-Le-Bras

Duel-en-F1-Années-80-Photo-Thierry-Le-Bras

SM : Felipe Massa a évoqué les termes de KO tous les quarts d’heure en commentant les règles actuelles de qualification. Qu’en penses-tu ?

FV : Si Felipe compare la F1 à la boxe, je suis d’accord. La F1, c’est violent comme une bagarre de rue. Tu entres dans le milieu en poussant un autre pilote hors du ring, tu t’y maintiens en tenant ceux qui veulent piquer ta place à distance, et tu gagnes les courses et les championnats soit aux points, soir par KO. En qualifications, tu conquiers désormais ta place sur la grille par éliminations successives, comme dans un tournoi olympique. La comparaison avec la boxe me paraît très pertinente.

Pneumatique-F1-dégradé - Copyright-inconnu

Pneumatique-F1-dégradé – Copyright-inconnu

SM : As-tu des anecdotes à nous raconter sur les contraintes physiques d’une F1 ?

FV : J’en ai une effectivement. Une fois, au Grand Prix d’Angleterre, j’étais second à deux tours de l’arrivée. Mes pneus se dégradaient. La voiture vibrait de partout. Elle faisait un bruit infernal. Ma vision devenait floue tant les vibrations étaient violentes. Mon stand m’a demandé de rentrer parce que le team manager craignait que cela devienne dangereux, qu’un pneu éclate à 320 à l’heure. Je ne l’ai pas écouté. Puis la radio s’est déréglée à cause des vibrations. A l’entrée du dernier tour, je rattrape une autre voiture. Tout vibrait tellement que je n’ai distingué qu’une espèce de masse avec du bleu, de l’argent et du rouge. J’ai cru revenir sur un attardé. Je me colle en aspiration et je déboîte. Le gars essaie de résister. Nos pneus se touchent au freinage. Je suis à l’intérieur. Il est obligé de me laisser passer. Je me dis que ce mec est gonflé d’essayer de m’empêcher de passer alors que je lui prends un tour et que je vais monter sur le podium. Je franchis le drapeau à damier. Je ralentis, les vibrations s’atténuent. Je commence à revoir le monde qui m’entoure plus distinctement. Le gars que j’ai doublé me rattrape et se place à mon niveau. Il me fait un signe, pouce en l’air, pour me féliciter. Là, je le reconnais. C’était le leader de la course jusqu’à ce que je le dépasse. Je réalise que je viens de remporter le Grand Prix d’Angleterre. Mon rival aussi commençait à avoir des problèmes de pneumatiques. Il avait ralenti et n’avait pas imaginé que je reviendrais dans ses roues et que j’oserais l’attaquer alors que son stand l’avait informé que mes pneus étaient en lambeaux. Quant à moi, ma voiture vibrait tellement que je ne voyais qu’une masse de couleurs et que je ne l’avais pas reconnu en me battant avec lui !

QUELQUES LIENS

DESIGNMOTEUR présente les F1 de 2016 en tests à Barcelone http://www.designmoteur.com/2016/02/photos-f1-testing-circuit-barcelona-catalunya/

David joue l’intox en F1 http://0z.fr/2zYDt

Thierry Le Bras

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